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Journal des débats politiques et littéraires, 14 juin 1830

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Journal des débats politiques et littéraires
14 juin 1830


Extrait du journal

Le capitaine fit couper de suite son grand mât, conservant quelque temps encore celui de misaine, pour se rapprocher de terre, et ordonna également à son équipage de rester il bord ; et le brick, ayant penché vers la terre, ne fut évacué qu'à la pointe du jour. Avant l'évacuation, un seul liomme fut enlevé par la mer : le plus grand ordre régna pendant cette opération difficile ; les malades furent mis à terre les premiers, l'équipage ensuite; enfin, M. Bruat vint se réunir à moi, afin d'aviser ensemble à ce qu'il y avait à faire de plus convenable dans oette funeste position. « Ayant réuni les officiers des deux bricks , nous leur présentâmes les deux moyens de salut qui s'offraient naturellement a nous. Le premier, de nous armer et nous tenir près des bricks, jusqu'à ce que le temps pût permettre aux bâlimens de guerre de venir nous sauver; le second, de ne faire aucune résistance et d'être conduits par les Bédouins jusqu'à Alger. Nous nous décidâmes pour le dernier avis , nos poudres étant mouillées, et le ciel et la mer étant loin de nous faire espérer de pouvoir apercevoir nos bâtimens de tout le jour. Ayant donc rassemblé tous nos hommes et pris quelques vivres que la mer avait jetés sur le rivage, nous prîmes le chemin d'Alger , eu suivant la grève; il était environ quatre heures du matin ; à peine avions-nous parcouru un quart de lieue, qu'une troupe de Bédouins armés vint fondre sur nous. » Parmi les hommes qui formaient l'équipage du Silène , se trou vait un Maltais pris devant Oran, par ce brick, dans un bateau de pêche. Cet homme sachant l'arabe, et ayant long-temps navigué avec des marins de la régence, se dévoua, pour ainsi dire, au salut de tous. Nous recommandant de ne point contredire ce qu'il allait avancer, il protesta à ces barbares furieux que nous étions anglais. Par trois fois, ou lui mit le poignard sur la gorge , pour,tâcher de l'effrayer et juger, par son émotion, si ce qu'il avançait était vrai; sa fermeté en imposa aux Arabes , et bien qu'ils ne fussent pas entiè rement convaincus, elle jeta un doute en leur esprit, qui'contribua, eu partie , à sauver les équipages. » Sous le prétexte de nous conduire à Alger, par un chemin plus court, ils nous firent prendre la route des montagne?. Après un quart d'heure de marche, arrivés à un village, composé d'un petit nombre de cases, ils commencèrentà nous piller, d'abord légèrement, ensuite avec la plus barbare cruauté, nous laissant san 6 chemise, exposés au vent et aux froides ondées du nord. » Après avoir fait environ quatre lieues dans les montagnes, nous faisant faire, a diverses reprises des haltes , pendant lesquelles ils nous arrachaient le reste de nos vêteraens, nous arrivâmes à un vil lage assez considérable ( à peu près sur le méridien du cap Dellys), où ils nous firent arrêter ,et distribuèrent, à quelques uns de nous , du pain en petite quantité. Plusieurs fois, pendant cette pénible route, nous passâmes dans les mains de troupes différentes de ces Arabes, et chaque changement occasionnait, parmi ces brigands, les cris les plus affreux, les démonstrations les plus hostiles. Cependant, malgré les poignards et les yataguangs levés, le sang- ne ruissela pas ; un seul des nôtres fut légèrement blessé à la tête. » Après une demi-heure de repos, les Arabes s'apercevant que le village n'était pas assez considérable pour nous loger tous, prirent, après une grande discussion , le parti de nous disséminer M. Bruat, avec environ moitié des hommes, fut logé dans ce dernier village ; je repris, avec le reste, la route que nous avions déjà parcourue; on nous distribua, chemin faisant, dans de 3 hameaux épars, mais assez rapprochés, pour que nous passions, au besoin, nous donner avis lesr uns aux autres de ce qui pourrait survenir. Les officiers, les élèves , les maîtres fureßt distribués à peu près suivant ces groupes, et je leur recommandai d'agir avec la plus grande prudence dans leurs rap ports avec ces féroces liabitans. » Ici l'histoire de nos malheurs se complique; chaque village, chaque maison présente des scènes différentes; mais comme je crain drais de vous fatiguer pap tant d'images douloureuses, je vais me borner à vous rendre compte de ce qui se passa sous mes yeux. a Arrivés dans la maison du Bédouin qui nous avait pris sous sa protection, les femmes d'abord se refusèrent à nous recevoir; nous fûmes rebutés encore dans une autre case ; puis elles finirent par s'attendrir sur notre sort, et la première maison dont nous avions d'abord été repoussés, devint notre asile. Ou nous alluma du feu, on nous donna à manger, et deux jours se passèrent sans trouble. Le premier sujet d'inquiétude nous fut donné par quelques marins qui s'échappèrent des maisons voisines, et coururent la campagne dans l'espoir de se sauver ; ils furent arrêtés peu après, mais les Bédouins nous observèrent davantage, nous soupçonnant tous d'avoir les mêmes intentions. . » Le 18, vers le soir, les frégates de la division et quelques bricks s'étant approchés des navires échoués, envoyèrent des embarcations pour les reconnaître. Ces dispositions de débarquement jetèrent la terreur de toutes parts; tous les Arabes s'armèrent et descendirent les montagnes en hurlant; les femmes mirent leurs enfans sur leur dos, prêtes à fuir; nous autres, malheureux prisonniers, on nous enferma dans les cases les plus fortes , nous menaçant de mort, au moindre mouvement que nous ferions pour tâcher de nous sauver. » Nous étions au moment d'être égorgés; un coup de canon que nous euteudîmes, nous parut pour tous le moment du massacre ; car, de quelque côté que tournât la fortune, les Bédouins, vain queurs ou vaincus, devaient se venger sur BOUS de leurs |«jitès, ou, exaltés par leurs succès , nous ajouter aux mallieureiries: victimes cte leur fureur. Heureusement, la chance nous tourna'plus favorable ment que nous ne devions l'espérer; la frégate rapjieîàses embarca tions et tout rentra pour nous dans l'ordie accoutilmé'pmais il n'en ' fut pus ainsi dans les montagnes....

À propos

Fondé en 1789 sous le titre Journal des débats et décrets, le Journal des débats politiques et littéraires retranscrit, dans un premier temps, la quasi intégralité des séances dispensées à l’Assemblée Nationale. Sous Napoléon, il change de nom pour devenir le Journal de l’Empire. Publié jusqu’à l’Occupation, le journal sera supprimé en 1944.

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