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Écho de presse

L’illustre photographie du Monstre du Loch Ness

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le par - modifié le 04/02/2019
Photo du Monstre du Loch Ness prétendument prise par Sir Robert Kenneth Wilson, Le Petit Parisien, 1934 - source : BnF-RetroNews

Arlésienne de la presse à sensation, la légendaire créature du lac écossais se voit immortalisée par un gynécologue londonien le 19 avril 1934.

1934, le quotidien anglais le Daily Mail publie un cliché de ce qu’il semble être un long amphibien se débattant dans les eaux troubles d’un lac écossais. Le lendemain de sa parution, la photo est reprise en France dans Le Petit Parisien.

Paris-Soir reprend le témoignage de l’heureux photographe, le docteur Robert Kenneth Wilson, aux réflexes dignes d’un reporter de premier ordre.

« Le ciel venait de s’éclaircir, après un bref orage, quand, vers midi, je décidai de m’arrêter et de fumer une pipe au bord du Loch.

J’avais mis, par hasard, mon appareil photographique en batterie et m’installai à vingt mètres de là. Soudain, à cent cinquante ou deux cents mètres de la rive, je vis surgir, au milieu d’un grand bouillonnement, la tête d’un étrange animal.

Je me précipitai vers mon appareil. Je le braquai rapidement sur la bête et pris trois photos en toute hâte. Au moment où je prenais la quatrième, la bête s’enfonça lentement sous l’eau. »

L’Intransigeant ne manque pas de relever l’hypothèse récurrente à propos de ce monstre, aperçu épisodiquement par les habitants alentour depuis plus d’un demi-siècle : le canular à vocation commerciale.

« Sans vouloir mettre en doute la bonne foi du docteur Wilson, on ne peut s’empêcher de faire une curieuse remarque : voici trois jours, alors que rien n’attestait l’existence réelle de “Bobby”, une compagnie anglaise de tourisme annonçait l’organisation d’une grande excursion de vacances au Loch Ness “avec 60% de garantie de voir le monstre”…

La publication des photos ne vient-elle pas bien à propos servir le succès de cette entreprise ? »

La question mérite d’être posée. Dans la foulée de la publication de la photographie, les experts commencent à formuler leurs hypothèses.

Fraser Brunner de la Société anglaise des pêcheurs de haute mer, parle d’une baleine. Le savant allemand Ludwig Heck parle lui, « soit d’une petite baleine de proie, soit d’un grand dauphin ».

Quelle que soit la nature, plus aucun doute ne semble subsister en tout cas sur la réalité de la créature. Le directeur du jardin zoologique de New York offre une prime de 25 000 dollars à qui lui ramènera le monstre, à condition que celui-ci excède 12 mètres.

Peu à peu, l’événement se tasse pour rebondir un mois après la photographie du docteur Wilson. Une prise spectaculaire dans le Loch laisse à penser que le fameux monstre ne serait qu’un congre, dévoilé dans cette photo relayée par Le Journal.

Le corps de la bête, imposante, la classe parmi une espèce très rare, dont seulement quelques spécimens furent recensés à travers l’Histoire.

« Il s’agit bien d’un poisson et non d’un amphibie, comme on l’avait supposé. Long d’un peu plus de quatre mètres, le diamètre maximum de son corps est de quarante centimètres.

Le corps est de forme ovale s’amincissant extrêmement vers la tête, de sorte qu’il donne l’apparence de posséder un très long cou, alors qu’il s’agit simplement du corps lui-même. Sa queue a l’apparence d’un gouvernail, la partie verticale est très longue. C’est elle qui a pu avoir été aperçue à plusieurs reprises par les observateurs et prise pour le cou de l’animal.

Il pèse environ 80 kilogrammes. Sa tête est de forme allongée, comme celle d’un gros chien, mais possède sous la mâchoire inférieure, une longue membrane pendante lui permettant d’agglutiner de petits poissons. On croit aussi que cette membrane pouvait lui servir à faire des sondages. Il possède une seule arête centrale en forme de croix allant de la tête à la queue. Sa tête est cartilagineuse. L’animal avançait par ondulations, n’ayant pas de nageoires, mais seulement une épine dorsale flexible de 3 mètres, allant du haut de la tête au milieu du corps. Il ne possède pas d’écailles, mais une peau grasse et absolument lisse.

Il est appelé “Regalecus” ou “Roi des harengs”. Les archives ichtyologiques font état dans l’histoire et la préhistoire de 25 spécimens d’animaux semblables. »

Malgré cette profusion de détails, le monstre ne veut pas mourir. Il est aperçu trois jours plus tard par un moine de l’abbaye de Saint-Benedict, puis par une vingtaine de touristes en excursion sur le Loch.

En juillet, Sir Edward Mountain, directeur d’une des plus grandes compagnies d’assurance d’Angleterre, monte une expédition forte de quelque 140 hommes pour tenter de filmer la bête.

Malgré la certitude de son commanditaire d’avoir filmé la créature, le bilan de l’aventure se révèle nul. Le dernier rebondissement de ces mois riches en fausses pistes intervient fin août, à la faveur d’une enquête plus officielle.

« Ce qu’on prenait pour un animal de mer inconnu et terrifiant n’était autre chose que les restes d’un dirigeable allemand du type Parsifal, abattu, pendant la guerre, au cours d’un raid aérien sur l’Angleterre.

Telles seraient les conclusions de l’enquête discrètement menée par une commission que l’Amirauté britannique avait envoyée, il y a quelques semaines, sur les lieux. »

Cette ultime hypothèse ne clôturera pas le dossier, toujours ouvert à l’heure actuelle à toutes les spéculations.

La photo du docteur Robert Kenneth Wilson est établie depuis 1975 comme un faux, probablement le cliché d’une maquette censée figurer le légendaire monstre. Un canular qui aurait été monté de toutes pièces par un ancien employé du Daily Mail, humilié par sa direction après être tombé dans le panneau de fausses empreintes de Nessie.

À travers les époques, l’existence du monstre tend en tout cas à systématiquement servir des intérêts bien particuliers.

Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)