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La légende maudite du marquis de Sade

le par - modifié le 22/05/2018

Emprisonné de son vivant, occulté pendant tout le XIXe siècle, jugé infréquentable pendant une bonne partie du XXe, le marquis de Sade (1740-1814) fascina une société dont il incarna longtemps l'envers absolu.

Sade emprisonné

Peu de personnages ont eu, avant et après leur mort, aussi mauvaise réputation que Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814), plus couramment désigné par son titre de marquis de Sade.

 

Déjà honni au XVIIIe siècle, Sade a subi les foudres de tout le XIXe siècle, qui considérait son œuvre littéraire comme le produit d'une âme perverse et dégénérée, au point de donner naissance au terme de « sadisme » pour désigner les actes de cruauté qu'il y avait décrits.

 

Objet de toutes les rumeurs et de tous les mythes, le « divin marquis » fut pourtant très peu lu pendant le siècle et demi qui suivit sa mort. Et pour cause : ses livres aujourd'hui les plus célèbres (Les 120 journées de Sodome, La Philosophie dans le boudoir, Justine ou les Malheurs de la vertu...) ne sortirent que très tardivement de la clandestinité.

 

De son vivant, il fit rarement l'honneur de la presse officielle. Du fait de son appartenance à la noblesse, on retrouve certes dans La Gazette l'annonce de son mariage, en 1763, avec « Demoiselle Cordier de Montreuil ».

Et celle du baptême de son premier fils, en 1768.

Portrait du marquis de Sade, par Charles Amédée Philippe van Loo, 1760 - source WikiCommons

Mais rien sur les scandales qui émaillèrent sa carrière de dépravé : celui de la Maison d'Arcueil, en 1768, où il est révélé qu'il a flagellé, à des fins sexuelles, une veuve réduite à la mendicité, Rose Keller. Ou celui de Marseille, en 1772, où cinq jeunes filles l'accusent d'avoir voulu les empoisonner en leur donnant des pastilles à la cantharide (un aphrodisiaque) au cours d'une orgie organisée par le marquis.

 

Rien non plus sur ses nombreux emprisonnements : Sade passa près de trente années de sa vie en prison, notamment au donjon de Vincennes, à la Bastille où il écrivit Les 120 journées de Sodome et Les Infortunes de la vertu, et à l'asile de Charenton où il finit ses jours.

 

Dans les années post-révolutionnaires, son œuvre érotique, elle, commence à horrifier la bonne société. On ne la mentionne qu'avec dégoût. En 1798, La Clef du cabinet des souverains fait allusion au scandale provoqué par Justine ou les Malheurs de la vertu, que Sade a fait paraître anonymement en 1791, et dont il se défend d'être l'auteur :

« Tout le monde était persuadé jusqu’ici que l’affreux roman intitulé : Justine ou les malheurs de la vertu, était du ci-devant marquis de Sade ; mais ce citoyen repousse aujourd’hui cette noire inculpation, et prévient qu’ennuyé d’avoir méprisé si longtemps les stupides clameurs de la sottise, il attaquera, par toutes les voies qu'offre la justice, le premier qui se croira permis de le nommer encore comme l’auteur de ce mauvais livre. »

Ses livres plus consensuels reçoivent toutefois de meilleures appréciations. Ainsi le recueil de nouvelles Les Crimes de l'amour, qui bénéficie d'une critique élogieuse dans Le Journal des débats en 1800 :

« Le style de ce mémoire littéraire et des 11 nouvelles qui le suivent est bien plus châtié que celui du roman infâme qu'on s'obstin...

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