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C'était à la une ! Les Français, la France et ses colonies

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le par - modifié le 10/09/2018
« À l'exposition coloniale » en 1906 - Le Petit Journal supplément du dimanche 24 juin 1906 - Source RetroNews BnF

La lecture du jour présente un article écrit à l'occasion de l'exposition coloniale de Vincennes, en 1931. L'auteur y évoque sa vision de la France et de ses colonies.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : "Ce qu'il faut se dire à Vincennes... les Français, la France et ses colonies", Le Petit Journal, 6 mai 1931.

Lecture : Hélène Lausseur

Réalisation : Séverine Cassar

 

« CE QU'IL FAUT SE DIRE À VINCENNES...

LES FRANÇAIS, LA FRANCE ET SES COLONIES

 

J'imagine une République, — qui ressemble à l'idée que je me fais de la France, — une République radieuse, saine et forte qui vient accueillir ses hôtes à la porte de l'Exposition, — une grand'mère encore jeune qui vient présenter ses petits-enfants, avec la fierté de dire — Voilà ce que j'en ai fait !

Oui, maintenant l'on trouve tout cela tout naturel d'aller aux temples d'Angkor comme l'on va, ici, au château de Pierrefonds ; de traverser le désert en automobile à chenilles ; d'envoyer en avion, faire un tour au-dessus de nos possessions d'Afrique, un ministre et une escadrille ; de promener M. Gaston Doumergue jusqu'aux confins du désert avec une Marseillaise qui l'accueille dans Kairouan [...]. Et s'il n'avait pas fini son septennat, pourquoi n'aurait-il pas été demain l'hôte de Saint-Louis ou de Dakar, pourquoi n'aurait-il pas été visiter l'an prochain les plantations et les rizières, pourquoi n'aurait-il pas fait le tour de nos colonies, des colonies qu'a rassemblées la République,— sauf l'Algérie qui n'est plus une colonie, mais la France même, avec trois de ses plus beaux départements au delà du mare nostrum, l'Algérie qui est tellement la France même qu'elle est obligée de s'allonger vers le Sud pour garder de l'exotisme, pour prolonger un mystérieux attrait, en dépit de ses monts, de son ciel, et de ses oasis où, attablé devant une boisson glacée, le touriste demande nonchalamment :
— À quelle heure arrivent les journaux de Paris
 ?
Conquête, lente conquête, qui n'a pas été sans risques, qui n'a pas été sans périls. Le Français — et même le moins sot
 ! — ne croyait pas à l'avenir des colonies ni même à notre intelligence colonisatrice. On disait :
— L'Anglais est colonisateur.
Et quand les Anglais arrivent dans nos colonies, ils s'émerveillent. Quand ils voient ce que nous avons su faire du Maroc en vingt-cinq ans, ils s'étonnent qu'il n'y ait pas eu plus de combats, plus de casse. Ils admirent qu'il n'y ait pas, au bord des pistes, plus de petits tas de pierres, — dont chacun, cependant, marque, hélas
 ! la place d'un mort !
Et l'on se bat encore, de temps en temps, pour gagner quelques mètres, pour pousser plus loin la limite de la protection, jusqu'au jour où le dernier rebelle lèvera ses deux bras, jusqu'au jour où les postes se rejoindront dans une Afrique cultivée, exploitée, pacifiée... Et bientôt ! [...]
Paris, dit-on, n'a pas été fait en un jour. Pourquoi voudrait-on que notre domaine colonial soit ordonné, cultivé, régi comme une ferme en Beauce ?
Passez, bonnes gens, la porte de l'exposition et rendez-vous compte !  [...]
Pour constater notre réussite miraculeuse, au point de vue colonial, il ne faut trop écouter ceux qui se plaignent toujours, mais il faut se rendre compte du résultat.
Qu'on ne nous raconte pas d'histoires, qu'on ne nous dise pas que toute cette splendeur est truquée, que les populations sont hérissées contre nous, que l'on a tout fait pour donner à Paris une illusion, alors que là-bas les populations sont écrasées et que, cependant, les colons se ruinent.
Je ne viens pas vous raconter que je viens de découvrir le Paradis terrestre. Il est fermé depuis la première pomme. Mais je connais assez le Français, — le Français, mon semblable, mon frère, — pour savoir que si, en dépit de très durs efforts, il n'avait pas espéré, puis assuré sa réussite, il y a beau temps qu'il aurait tout laissé tomber. La preuve du succès est là : qu'il est encore là. Et ce n'est pas peu de choses.
Et quand vous vous serez rendus compte de l'effort et du résultat, je ne vous empêche pas, Dieu merci ! d'aller voir les Cambodgiennes aux ongles d'or, les Annamites aux longs yeux caressants, les dames du Gabon ou de l'Oubanghi qui portent leurs enfants comme le plus léger des fardeaux, ou ces Ouled-Naïls qui, depuis longtemps, en savent bien plus long que vous sur toutes les voluptés du monde...
Ce qui n'a aucun rapport d'ailleurs avec notre effort colonial...

Robert Dieudonné. »

Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)

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