Maupassant, reporter incisif (et anonyme) en Algérie française | Retronews - Le site de presse de la BnF
Écho de presse

Maupassant, reporter incisif (et anonyme) en Algérie française

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le par - modifié le 15/01/2019
Algériens devant une habitation, photo de Jean Geiser, 1880-1890 - source : Gallica-BnF

En 1881, Le Gaulois envoie en Algérie un de ses collaborateurs, qui en ramène une série de reportages très critiques sur la réalité coloniale. Son nom : Guy de Maupassant.

Le 20 juillet 1881, alors que des révoltes contre l'occupant français sont en train d'éclater dans l'Algérie colonisée, le journal Le Gaulois publie en une cette annonce :

« Un homme très considérable de l'Algérie, et qui l'habite depuis l'enfance, nous adressa la lettre suivante, la première d'une série sur l'état actuel de nos possessions algériennes.

 

Nous croyons rendre service au gouvernement lui-même en publiant ces études intéressantes, qui compléteront les correspondances plus spécialement militaires de notre collaborateur M. Guy de Maupassant, en ce moment bien près de nos colonnes expéditionnaires. »

C'est un mensonge : l'auteur de ces « Lettres d'Afrique » qui, pendant deux mois, vont être publiées sous le pseudonyme mystérieux d' « Un colon », n'est autre que Maupassant lui-même. Durant l'été 1881, l'écrivain, alors âgé de trente ans, s'est en effet rendu en Algérie (il ira aussi en Tunisie) pour le compte du journal afin d'y décrire les soulèvements anti-français.

 

Il restera trois mois en Afrique du Nord, sillonnant les villes et les régions désertiques, où il s'efforcera de comprendre la situation algérienne, et en particulier ce qui n'en est jamais dit et jamais écrit par les colons.

 

Le Gaulois en aura pour son argent. Loin de reprendre à son compte la propagande colonialiste en vigueur, particulièrement vive dans les années 1880, Maupassant va signer des articles souvent incisifs sur la réalité coloniale, n'hésitant pas à en dénoncer les excès au travers d'observations très audacieuses pour l'époque – d'autant plus audacieuses que l'anonymat, en l'autorisant à se « glisser » dans la peau d'un personnage, va lui permettre d'aller très loin dans la critique.

 

Dès son premier article, il écrit :

« Il faut une connaissance approfondie de chaque contrée pour prétendre l'administrer, car chacune a besoin de lois, de règlements, de dispositions et ...

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