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Chronique

1918, un monde en révolutions

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le par - modifié le 27/08/2018
Revolution in Berlin, 1918 - Source Wikicommons

Si la date du 11 novembre 1918 marque l’arrêt des combats sur le front ouest, elle est loin de signifier la fin de la Première Guerre mondiale à l’échelle du monde. Retour avec l'historien Nicolas Offenstadt sur l'actualité révolutionnaire et les bouleversements du monde commentés dans la presse d'époque.

1918, la guerre semble enfin se terminer pour des millions d’anciens combattants et des sociétés exténuées par le conflit. Ce sera le temps du deuil collectif, des leçons à tirer de l’affrontement, des retours sur le passé, de la construction et de la reconstruction.

Mais ce temps, il faut y insister, est aussi celui de l’appel des possibles. 1918 ne clôt pas seulement un double monde, celui de l’avant-guerre et de la Première Guerre mondiale, il ouvre celui de multiples expériences politiques, l’exercice de nouveaux pouvoirs, par de nouveaux acteurs (les anciens combattants, les femmes qui votent...). La violence ne s’éteint pas. C’est aussi le temps de la mise en pratique des utopies, des rêves de libération. Un monde en révolutions.

 

Nous avons choisi le pluriel pour une série d’émissions sur France Inter qui s’ouvre ce dimanche et qui seront accompagnées par les textes de l’époque sur ce site. Il y a bien sûr la révolution russe, les révolutions russes, la révolution « modérée » qui abat le tsarisme et celle des Bolcheviks, qui produit un monde nouveau. Mais toute l’Europe est parcourue de mouvements révolutionnaires qui mettent en place des formes de pouvoirs plus ou moins originaux, plus ou moins durables. René Bazin s’inquiète ainsi dans L’Echo de Paris dès février 1918 : « Mais "bolchevik" n’est qu’un prénom. Le nom de famille est Révolution ».
 

L’idée de démocratie directe, participative dirait-on, se répand à travers les expériences des « conseils », ces assemblées populaires qui veulent décider de leur destin. Elles prennent des formes multiples tout au long des années 1918-1920, conseils de soldats revenus du front, de chômeurs, de femmes et même conseils d’usine tendant à l’autogestion dans l’Italie de ces « années rouges ». Bref Jean Longuet a bien raison de voir « la plus formidable tempête révolutionnaire » qui soit dans ce monde là.

 

Ces révolutions inquiètent partout les possédants et les conservateurs qui procèdent à des ripostes, avertissent des dangers, comme Bazin qui invite à se méfier de ceux qui promettent un « bonheur inédit ».

 

À vrai dire, le terme de Révolution fut appliqué bien au-delà du mouvement ouvrier et progressiste. Les années d’après-guerre enchaînent les révolutions, qu’il s’agisse de celles promouvant une cause nationale ou bien du fascisme. Dans L’Echo de Paris, André Beaunier, ne peut que le constater dès fin 1918, pas de retour en arrière possible :

« Il y a du nouveau partout. Les âmes ont changé : tout est changé. Il y a du nouveau dans l’ordre social, dans l’ordre national et international ».

L’écrivain croate de Bosnie, acteur de la révolution nationale des slaves du Sud, Ivo Andric, écrit dès 1923, un texte sur la « révolution fasciste » qu’il observe comme diplomate en Italie : « Par son origine le fascisme est sans conteste de nature révolutionnaire. Il prend sa source en 1914... ». A juste titre, l’historiographie ne cessera de discuter l’emploi du terme « révolution » pour le fascisme

 

Tous ces possibles ne s’effaceront pas avec la même temporalité, tous n’ont pas dit leur dernier mot aujourd’hui encore. Mais c’est une autre histoire. Nous les discuterons tout l’été.

 

Nicolas Offenstadt, historien, maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialiste de la Grande Guerre.

 


En partenariat avec France Inter, le journal La Croix et la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale

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Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)