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Écho de presse

Hitler interviewé par « Paris-Soir »

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le par - modifié le 12/02/2019
Paris-Soir, 26 janvier 1936 ; RetroNews BnF

En janvier et février 1936, le quotidien publie deux interviews dans lesquelles le chancelier allemand tient un discours pacifiste. En mars, le même violait les accords de paix en remilitarisant la rive gauche du Rhin.

"Hitler vous parle" : c'est la une du Paris-Soir daté du 26 janvier 1936. Le dictateur allemand, au pouvoir depuis 1933, y est interviewé par la journaliste star Titayna. Celle-ci lui pose d'entrée la question qui préoccupe le plus les Français de l'époque : les intentions de l'Allemagne sont-elles pacifiques à l'égard de la France ? Hitler, aussitôt, se veut rassurant :

 

"Il y a deux sens au mot pacifisme. Il n'a pas la même valeur en France que chez nous. Nous ne pouvons pas reconnaître un pacifisme qui signifierait un arrêt au droit de vivre. […] Ceci dit, il n'y a pas un Allemand qui désire la guerre. La dernière nous a tué deux millions d'hommes, nous a laissé sept millions et demi de mutilés ou malades. Même si nous avions été vainqueurs, aucune victoire ne valait d'être payée ce prix-là !"

 

Avant de balayer la possibilité même d'une action militaire allemande :

 

"Quel homme d'État, aujourd'hui, pourrait viser une conquête territoriale par le moyen d'une guerre ? Faut-il faire tuer deux millions d'hommes pour conquérir une province de deux millions d'habitants ?"

 

On note que si Titayna interroge ensuite Hitler sur ce qu'il pense des femmes, il n'est fait nulle mention, dans cette interview, de la dictature mise en place en Allemagne, ni de la condition réservée aux Juifs sous le Troisième Reich.

 

Un mois plus tard, le même journal envoie le journaliste Gabriel Perreux à la rencontre d'Hitler. L'entretien paraît d'abord dans Paris-Midi (édition du dimanche de Paris-Soir) et est reprise le 29 février dans Paris-SoirL'intervieweur, franchement complaisant, obtient d'Hitler les mêmes réponses que sa collègue sur la politique extérieure de l'Allemagne. Le leader nazi justifie d'abord l'agressivité anti-française de Mein Kampf (publié en 1928) par les circonstances dans lesquelles le livre a été rédigé (en prison). Puis, assurant Jouvenel de sa bonne volonté, il va jusqu'à proposer un rapprochement avec Paris.

 

"C'est bien étrange que vous jugiez encore possible une agression allemande. […] Aujourd'hui, il n'y a plus de raison de conflit. Vous voulez que je fasse des corrections dans mon livre, comme un écrivain qui prépare une nouvelle édition de ses œuvres ? Mais je ne suis pas un écrivain, je suis un homme politique. Ma rectification ? Je l'apporte tous les jours dans ma politique extérieure toute tendue vers l'amitié avec la France !"

 

Le 7 mars, Hitler prend prétexte de la ratification du pacte franco-soviétique d'assistance mutuelle pour remilitariser la rive gauche du Rhin, violant à la fois le traité de Versailles et les accords de Locarno.

 

Un coup de poker qui porte ses fruits : les Alliés ne réagissent pas, alors que leur supériorité militaire leur aurait permis de vaincre aisément la Wehrmacht. Cette intervention est un prélude aux revendications territoriales du dictateur allemand, dont la politique expansionniste sera l'élément déclencheur de la Seconde Guerre mondiale.

 

Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)