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Cesare Battisti, vie et mort d’un socialiste irrédentiste italien

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le par - modifié le 04/02/2019
« L'exécution de Cesare Battisti », tableau du peintre italien Carlo Barbieri, 1934 - source : WikiCommons
« L'exécution de Cesare Battisti », tableau du peintre italien Carlo Barbieri, 1934 - source : WikiCommons

À l’orée de la Première Guerre mondiale, Cesare Battisti, député socialiste autrichien, ne cesse de réclamer le rattachement de sa région d’origine, le Trentin, à l’Italie. Soldat de l’armée italienne, il combattra jusqu’à la mort pour ses convictions « irrédentistes ».

Né en 1875 à Trente, territoire appartenant alors à l’empire austro-hongrois, Cesare Battisti grandit avec la volonté chevillée au corps de rattacher cette région italophone à la jeune Italie unifiée. Cet « irrédentisme » régional est un mouvement profond né au milieu du XIXe siècle pendant et à la suite des guerres d’indépendance.

Journaliste, géographe et socialiste, il est élu député au Reichsrat (l’assemblée parlementaire autrichienne) en 1911. Ses discours et ses positions radicales l’obligent à s’enfuir en Italie lorsque la Première Guerre mondiale éclate.

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En octobre 1914, il en appelle à une action contre l’empire d’Autriche-Hongrie. L’occasion pour La France de rappeler à ses lecteurs le programme de l’irrédentisme italien.

« L’Italie doit comprendre, au-delà de ses frontières actuelles, tous les pays s’y rattachant par la langue et les mœurs, qui en sont séparés par la politique :

en Autriche, l’Istrie, avec Göritz, Fiume et Trieste, et le Tyrol méridional avec Trente ; en Suisse, le canton du Tessin et une partie du canton des Grisons ; en France, le pays de Nice jusqu'au Var et la Corse ; enfin Malte.

Mais on peut dire que, en raison des faits accomplis, c’est uniquement sur Trente, Fiume et Trieste que se sont portées les revendications italiennes. »

Trente et sa région, le Trentin, sont effectivement les points de fixation de la politique menée par Cesare Battisti. Rappelant que la ville a été annexée à la province allemande de Tirolo, que ses écoles avaient été germanisées puis qu’une « lutte économique contre les industries italiennes grâce aux capitaux allemands » y avait été menée, le député conclut : « Où le Trentin sera racheté maintenant, ou il sera condamné à disparaître de l’histoire de l’Italie. »

Cette phrase devient un slogan repris par les sympathisants irrédentistes  : « Ora o mai », maintenant ou jamais.

Mais Cesare Battisti ne se contente pas de parler en tant qu’élu : en mai 1915, lorsque l’Italie entre en guerre, le député s’engage aux côtés de l’armée italienne, dans un bataillon alpin.

« M. Battisti s'est engagé comme volontaire dans l'armée italienne et a demandé au général commandant les troupes alpines, à être employé comme éclaireur, en raison de ses grandes connaissances de toutes les passes, de tous les pics et pour ainsi dire, de chaque pierre de sa région natale. »

Du fait de son engagement pour un pays ennemi, Battisti est immédiatement condamné à mort par la Cour martiale autrichienne, pour traîtrise. Sur le terrain, il reçoit une promotion pour son action au combat.

« Le sous-lieutenant Cesare Battisti, député socialiste de la ville de Trente au Parlement autrichien, qui avait déserté des rangs détestés de l'armée autrichienne au début de la guerre pour s'engager comme simple soldat dans l'armée italienne, a été promu au grade de lieutenant à la suite de sa belle conduite sur le champ de bataille. »

En mai et juin 1916, Battisti participe à la mise en déroute de l’armée autrichienne lors de l’Offensive du Trentin, une expédition que Vienne espérait décisive.

Un mois plus tard, la presse française relaie la nouvelle de sa mort, tandis que les premières dépêches laissent penser qu’il est tombé au combat au milieu de ses hommes.

« M. Cesare Battisti, député de Trente au Reichsrat autrichien, qui s'était réfugié en Italie avant la déclaration de guerre et qui s'était engagé comme simple soldat dans l'armée italienne, vient de mourir au champ d'honneur, au val d'Arsa, à la tête d'une compagnie d'alpins qu'il commandait. »

Rapidement cependant, les journaux rapportent un compte-rendu plus détaillé de la mort de feu le député. Il s’est effectivement battu jusqu’au bout afin de défendre l’un des pics sur lequel il était posté.

Le récit de sa veuve, Ernesta Battisti, est rapporté dans les colonnes de L’Écho d’Alger.

« Dans l'endroit du Monte-Corno où combattait le bataillon auquel appartenait mon mari, le mont a plusieurs pics. Sur un de ces pics avaient grimpé Battisti, un autre capitaine des alpins et l'ordonnance du capitaine.

Les Autrichiens serraient de près le pic, vers lequel ils montaient de trois côtés. À un certain moment, le capitaine, jugeant toute résistance inutile, dit à mon mari : “Je descends et je tâcherai de m'échapper du côté opposé à celui par où l'ennemi avance. Venez-vous aussi ?”

Mon mari répondit qu'il avait plus de confiance dans son fusil. Le capitaine et son ordonnance sautèrent alors du haut du pic, tandis que mon mari, ayant défait sa cartouchière, commençait à tirer contre les ennemis qui avançaient toujours. »

Grièvement blessé, Battisti est capturé. L’armée autrichienne ne met pas bien longtemps à décider du sort de celui qui a déjà été condamné à mort. Moins de 48 heures après sa capture, Cesare Battisti est pendu.

« Fait prisonnier près du mont Corno, Battisti avait opposé aux soldats autrichiens une résistance acharnée. On eut beaucoup de peine à le désarmer.

Enchaîné, Battisti fut emmené sur une voiture à Trente, où son père habite encore.

Il fut pendu. L'exécution a été faite par le bourreau de Vienne, nommé Lang. »

Et parce qu’il avait été jugé « traître » à l’empire austro-hongrois, le cadavre de Battisti restera exposé plusieurs jours dans les rues de Trente.

« Selon cette information, le cadavre du député du Trentin, M. Battisti, d'où coulait le sang sortant par trois blessures, a été laissé pendant trois jours suspendu au gibet.

Des affiches auraient été placardées dans les rues de Trente et dans les villages voisins invitant la population à accourir pour contempler le corps du “traître” pendu. »

L’émoi est immense dans toute l’Italie, où des manifestations se succèdent à l’annonce de cette exécution.

Quelques jours plus tard, un avion italien survole Trente pour lâcher à l’endroit du gibet un bouquet de fleur ceint du drapeau vert-blanc-rouge et arroser la ville de tracts irrédentistes.

« L'Allemagne est attaquée et battue par les armées russes, anglaises et françaises.

La ruine qu'elle a méritée est désormais fatale et prochaine. Le cercle de fer autour de l'Autriche se resserre de plus en plus ; elle mourra étranglée.

Dans Trente, redevenue italienne, nous célébrerons alors le héros tombé, les martyrs immolés et le peuple trentin qui, parmi les supplices, attend avec une foi inébranlable l'armée libératrice. »

En 1919, le traité de Saint-Germain-en Laye rattache à l’Italie le Trentin, le Tyrol du Sud, la province de Trieste et le Frioul-Vénétie. Célébré dans toute l’Italie, Cesare Battisti possède aussi depuis 1916 une rue à son nom en France, dans la ville de Nice.

Pour en savoir plus :

David Blanchon, « Des montagnes au service de la cause nationale : la Société des Alpinistes du Trentin et l'irrédentisme de 1872 à 1915 », in: Histoire, économie et société, 2000

Armando Pitassio, « Irrédentisme et nationalisme en Italie. Un même projet ? », in: Les cahiers Irice, 2015

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