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Le STO : Quand des milliers de jeunes Français ont refusé d’aller travailler en Allemagne

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le par - modifié le 11/02/2019
La garde d'honneur des Chantiers de la jeunesse, organisation paramilitaire de l'État français, L'Écho d'Alger, 1941 - source : RetroNews-BnF
La garde d'honneur des Chantiers de la jeunesse, organisation paramilitaire de l'État français, L'Écho d'Alger, 1941 - source : RetroNews-BnF

Le 16 février 1943, le régime nazi impose à Vichy le transfert de tous les Français de 21 à 23 ans vers l’Allemagne, dans le cadre du Service du Travail Obligatoire. Les réfractaires s’avèrent, sans surprise, nombreux.

Dès le début de l’Occupation de la France, l’Allemagne met en place une exploitation organisée de l’économie française. Après les prélèvements financiers, agricoles et industriels, le Reich se tourne vers la main-d’œuvre française en vue de remplacer les ouvriers allemands envoyés au front.

Dans un premier temps, la population française est fortement incitée, par une importante campagne de propagande, à partir travailler volontairement dans l’agriculture et l’industrie allemande en échange d’une généreuse rémunération. Et si plus de 240 000 Français, parmi lesquels 70 000 femmes, se laissent séduire par cette proposition, ce nombre demeure toujours insuffisant pour pallier la pénurie de main-d’œuvre causée par la mobilisation et les importantes pertes humaines en Allemagne.

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Fritz Sauckel, le commissaire général à la main-d’œuvre du Reich, exige alors expressément du gouvernement de Vichy qu’il lui fournisse 350 000 travailleurs qualifiés supplémentaires. Pour pouvoir répondre à ces exigences, l’État français organise la réquisition de la main-d’œuvre française.

Le 16 février 1943, Vichy institue une loi assujettissant tous les hommes âgés de 21 à 23 ans à un Service du Travail Obligatoire en Allemagne, le STO. Dès le lendemain, les journaux collaborationnistes annoncent en Une la mise en place de cette nouvelle loi – ainsi que les sanctions destinées à punir ceux qui tenteraient de la « saboter » :

« À la suite des décisions qui ont été prises hier au conseil des ministres, le Journal officiel publiera demain matin le texte d’une loi portant institution du Service du Travail Obligatoire. [...]

Fixée en principe à deux ans, la durée de ce service pourra être réduite par décret pris en conseil des ministres. [...]

Les jeunes gens astreints au service obligatoire du travail bénéficieront des mêmes conditions de travail et de salaire que les travailleurs libres occupant les mêmes emplois.

La loi stipule enfin que des amendes allant de 200 à 100 000 francs et que des sanctions d’emprisonnement allant de 3 mois à 5 ans, susceptibles, en cas de récidive d’être portées au double, seront applicables à toute personne ayant saboté ou tenté de saboter pour son compte ou pour le compte d’autrui cette nouvelle institution du Service du Travail Obligatoire. »

En effet, beaucoup de jeunes Français concernés par ce recrutement forcé refusent leur déportation vers l’Allemagne. Rétifs à l’idée de quitter leurs biens et leur famille pour offrir leurs bras à l’occupant, un certain nombre d’entre eux tentent d’échapper au Service du Travail Obligatoire en ne se présentant pas aux convocations imposées par Vichy. L’État français décide alors de sévir.

En juin 1943, un article de La Petite Gironde rapporte la réponse sévère du chef de gouvernement Pierre Laval aux jeunes « défaillants », et fait état des lourdes sanctions que ces derniers encourent – et font encourir à leur famille :

« Dans sa déclaration radiodiffusée de samedi dernier, le chef du gouvernement, faisant allusion aux jeunes gens appelés par le Service du Travail Obligatoire, qui se sont dérobés à leur devoir, ainsi qu’à ceux qui seraient tentés d’imiter leur exemple, a dit notamment :

Aux uns et aux autres, je dois parler un langage net.

Aux premiers, je dis : Ne persévérez pas dans votre erreur, présentez-vous aux autorités.

Aux autres, je conseille de ne pas se laisser abuser par certaines propagandes malsaines, d’où qu’elles viennent, ou de ne pas se laisser entraîner par un égoïsme irréfléchi, puisque, en définitive, ils seraient obligés de partir. La loi est la même pour tous. Les défaillants – qu’ils le sachent bien – et je tiens à le leur répéter, ne seront pas des profiteurs.”

Le chef du gouvernement français annonçait, en outre, que des instructions avaient été données et que des mesures rigoureuses seraient prises – même contre leur famille ou des tiers s’ils sont complices – qui les mettraient dans l’impossibilité de se soustraire, longtemps encore, à un devoir qui s’impose à tous. »

Mais face aux trop nombreuses désertions, les mesures du gouvernement de Vichy à l’encontre des réfractaires se durcissent.

Les journaux, tout acquis à la cause de la « Révolution nationale », font écho des menaces qui pèsent sur ces jeunes. Au mois de juillet 1943, La Dépêche du Berry rapporte la décision d’accorder « une dernière chance » aux « réfractaires » d’aller se rendre par eux-mêmes aux autorités avant de faire l’objet d’une traque acharnée :

« Grâce aux puissants moyens qui ont été donnés aux préfets, moyens dont ils ont déjà usé efficacement au cours d’opérations locales, il est certain que les méthodes de contraintes aboutiraient à la répression totale des insoumis et des réfractaires.

Mais avant de généraliser de telles méthodes, le gouvernement, qui sait que de nombreux jeunes gens regrettent amèrement leur défaillance d’un jour et ne demandent qu’à se soumettre, préfèrent user de mesures plus humaines et plus généreuses.

Il préfère faire appel au cœur et à la raison de tous les Français en offrant aux jeunes gens qui n’ont pas obéi à la loi une dernière chance de réparer la grave erreur qu’ils ont commise. »

En 1944, face à la rébellion d’une grande proportion de la jeunesse vis-à-vis du STO, et pour continuer de répondre à la demande de main-d’œuvre de la part de l’Allemagne, l’État français élargit drastiquement le spectre des concernés par le STO. Dès lors, toute femme sans enfant âgée de 18 à 45 ans comme tout homme de 16 à 60 ans devient passible d’un séjour dans une usine ou un champ de l’autre côté du Rhin.

Dans toute la France, dans un contexte de débâcle militaire de l’Axe, d’importantes opérations policières ont lieu afin retrouver et punir les réfractaires au STO. De même, des rafles arbitraires de jeunes ouvriers envoyés dans divers camps de travail nazis ont lieu dans plusieurs villes de France.

Mais plus les mois passent et plus les réfractaires deviendront nombreux. Aussi les convois de jeunes travailleurs en direction de l’Allemagne  bientôt vaincue diminueront progressivement jusqu’à la Libération à l’été 1944. Beaucoup de ces déserteurs, contraint de se cacher pour échapper à la police française, entreront alors en Résistance et dans le maquis.

À la fin de la guerre, on aura dénombré plus de 650 000 Français déportés de force en Allemagne dans le cadre du STO, à côté de quelque 200 000 « réfractaires ».

Pour en savoir plus :

Alain Cherrier, « L’Église et le Service du Travail Obligatoire », in: Revue du Nord, 1978

Jacques Poisson, « Quelques épisodes de la vie de la Faculté de pharmacie de Paris (1939-1944) », in: Revue d'Histoire de la Pharmacie, 2009

Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau, « Un paysan normand au STO en Allemagne », in: Histoire & Sociétés Rurales, 2004

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