De Flaubert à Hugo, les écrivains face aux événements de 1848 | Retronews - Le site de presse de la BnF
Écho de presse

De Flaubert à Hugo, les écrivains face aux événements de 1848

le par
le par - modifié le 26/10/2018
Barricades de la rue Soufflot à Paris le 25 juin 1848, par Horace Vernet - source : Deutsches Historisches Museum

L'historien Michel Winock se penche avec nous sur le rapport des grands hommes de lettres à la Révolution de 1848, entre engagement politique et inspiration littéraire.

RetroNews : La Révolution de 1848 a eu un impact majeur sur les hommes de lettres qui soit se sont engagés politiquement, soit y ont puisé une matière littéraire riche. Gustave Flaubert, en particulier, y consacre des pages inspirées dans L'Éducation sentimentale. Lui, l'artiste, l'aristocrate, comment voit-il les événements de février 

Michel Winock : Quand éclate la Révolution, Flaubert parcourt les rues en tumulte. Il observe, il regarde. Il est absolument contre le suffrage universel, que la révolution de Février va instaurer pour les  hommes. Il s’effraie du « nombre ». Le suffrage universel, c’est la quantité qui l’emporte sur la qualité. Lui, en tant qu'artiste, ne veut pas être prisonnier de la foule, du peuple.

Il est solidaire avec une certaine bourgeoisie qui défendait le régime de Juillet, mais ce n'est pas pour la défense de la bourgeoisie en soi, c’est avant tout pour des raisons esthétiques, artistiques : un régime censitaire garantit l’élitisme. 

Il est donc le témoin de cette évolution de la société démocratique, mais un témoin un peu révolté : pour lui l’arrivée des masses, c’est l’arrivée de la médiocrité. 

Cet apolitisme aristocratique l'entraîne à une vision ironique de la demande de réforme. Il assiste notamment à un banquet avant 1848, et il trouve ça grotesque. Mais dans L’Éducation sentimentale, cette ironie est distribuée dans tous les sens : vis-à-vis des révolutionnaires comme des réactionnaires. 

Il écrit des pages remarquables sur les journées de février, et au-delà des descriptions événementielles, il crée des types sociaux. Le personnage le plus sympathique et naïf, c’est Dussardier, qui croit dur comme fer à la République. À l’autre extrême, le banquier Dambreuse, qui meurt de peur en février mais qui va épouser les idées républicaines jusqu’au moment où, après les journées de juin, il va retrouver, avec le retour de l’ordre, son sang-froid. Il y a aussi le père Roque, qui vient de Neuilly, et qui décharge son fusil par un soupirail et tue un malheureux insurgé prisonnier qui demandait du pain. Bref, ce sont des personnages paradigmatiques qui incarnent parfaitement les acteurs de la Révolution. 

Il y a une loyauté chez Flaubert et un souci du vrai toujours très fort. Il veut dire ce qu’il a vu et appris. Son roman ne...

Cet article est réservé aux abonnés.
Accédez à l'intégralité de l'offre éditoriale et aux outils de recherche avancée


Notre sélection de livres

Découvrez une sélection d'ouvrages édités au XIXe siècle et issus d'un catalogue de 13 000 epubs !
L'Éducation sentimentale
Gustave Flaubert
Achetez ce livre sur :
De la démocratie en Amérique
Alexis de Tocqueville
Achetez ce livre sur :
Les Misérables - Tome I - Fantine
Victor Hugo
Achetez ce livre sur :