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Écho de presse

C'était à la Une ! Aux troupes !

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le par - modifié le 10/09/2018
"Dansez, sautez mannequins dorés.... Grandes marionnettes, chacun son tour." ordonne un homme du peuple qui revient des combats des Trois Glorieuses, estampe - source : Gallica-BnF

L'article du jour évoque les affrontements lors de la révolution de juillet qui sera suivi par l'instauration du régime de la monarchie de Juillet.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : les Trois Glorieuses, Le Constitutionnel, 1830

 

Texte lu par : Christophe Brault

Réalisation : Séverine Cassar

« AUX TROUPES !

Soldats ! le cercle de vos devoirs est tracé par la loi militaire, par l’humanité et par l’honneur, qui parleraient plus haut que cette loi, si elle n’avait pas dit que, hors ce qui n’est ni juste ni personnel, l’obéissance cesse d’être un devoir pour vous. Eh bien ! nous vous le demandons, est-il juste de faire feu sur des hommes qui demandent le maintien de la loi solennellement jurée ? Est-il raisonnable de renverser un ordre de choses par lequel vous êtes officiers, ou qui vous assure le droit de le devenir, pour rétablir le régime sous lequel vous étiez désignés par le nomde communs ; sous lequel les plus favorisés de ces communs arrivaient à peine aux grades d’officiers de compagnie, et que le privilège flétrissait du nom insultant d’officiers de fortune ? – Hommes ! aucun sentiment d’humanité n’émeut-il vos entrailles en lançant la mort sur des masses où elle frappe au hasard aussi bien le vieillard que le jeune homme, la femme et l’enfant faibles et inoffensifs, que le garde national armé pour la défense de ces droits des Français, qui ne sont pas moins les droits de l’armée que ceux des citoyens. Militaires, n’y a-t-il rien au fond de vos poitrines qui murmure contre l’abus de la force ? Hommes essentiellement voués à l’honneur, de quelœil regardez-vous vos armes souillées du sang des enfants et des femmes ? foulez-vous d’un pied indifférent ces tendres et déplorables victimes de votre aveugle obéissance ? êtes-vous sans mère, sans sœurs, sans famille ? les noms de France et de patrie n’éveillent-ils dans votre âme aucun sentiment généreux ? voulez-vous qu’il reste dans l’histoire, un monument d’éternelle honte pour les armes françaises, et qu’elle dise que la capitale de la France et de la civilisation, deux fois épargnée par l’invasion étrangère, a succombé sous des soldats nationaux !!!

Et cependant ce n’est plus que par la complète destruction de Paris que vous pouvez parvenir à vaincre notre juste et légitime résistance ; tant qu’il restera une rue que nous puissions barricader, une maison dans laquelle nous puissions nous retrancher, un meuble, un pavé à jeter pour notre défense, nous nous en servirons pour armer nos justes droits, pour protéger cette charte que Louis XVIII nous a donnée et que Charles X a jurée. Les deux sanglantesjournées de lundi et de mardi vous ont montré que nous ne craignons pas la mort ; que nous savons la recevoir avec courage, la subir avec résignation ; et que la vue de nos frères tués ou un moment dispersés ne nous inspire d’autre sentiment que la douleur d’avoir à recevoir la mort ou à la donner à des hommes parmi lesquels nous voyons toujours nos parents et nos amis, même alors qu’ils semblent avoir rompu tous les liens du sang.

Déjà cette voix sacrée de la famille et de la patrie s’est fait entendre à un grand nombre d’entre vous ; des braves de plusieurs régimens (sic) et particulièrement du 5ème de ligne, se montrent fidèles au serment français, fidèles à la charte ; ils sont dans les rangs des défenseurs du pacte social ; joignez-vous à eux ; joignez-vous à nous ; aujourd’hui c’est être avec tout Paris, demain ce sera être avec toute la France.

Soldats ! quel triomphe que celui dont vous rougiriez devant vos contemporains, et qui vous flétrirait à jamais devant la postérité. Louis XVIII a confié le dépôt de la charte à la fidélité des citoyens, des gardes nationales et de l’armée :citoyens, gardes nationaux, nous remplissons nos devoirs ; soldats ! songez aux vôtres !

Cet article fait partie de l’époque : Monarchie de Juillet (1830-1848)