La découverte de l'Antarctique en 1840 | Retronews - Le site de presse de la BnF
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La découverte de l'Antarctique en 1840

le par - modifié le 02/07/2018

Dumont d’Urville est un des explorateurs français les plus célèbres du XIXe siècle et déjà célèbre de son vivant pour ses trois circumnavigations et pour les récits de ses voyages d’exploration. Il est choisi par Louis-Philippe pour entreprendre une expédition contestée dans les mers australes. Découvrant un territoire inconnu qu’il nomme la Terre-Adélie le 21 janvier 1840, il met pour la première fois le pied sur le sol antarctique. 

Le projet contesté de l'exploration des mers australes

Le Siècle annonce le prochain voyage de Dumont d’Urville à bord de l’Astrolabe et de la Zélée qui « dépassera les limites du monde connu » vers « la mer Pacifique et des côtes qui se trouvent au-delà de la mer Glaciale » (21 mars 1837). Par l’ordonnance du 28 mars, publiée dans Le Moniteur, Louis-Philippe fixe précisément l’itinéraire de Toulon vers les mers polaires ainsi que les étapes d’escales. La mission vise à dépasser le 74e  degré de latitude sud atteint par le britannique Weddell en 1824 et à trouver le pôle magnétique. Pour préparer son voyage, Dumont d’Urville part à Londres à la recherche de renseignements sur les mers australes.

Les corvettes l'Astrolabe et la Zélée prises dans la banquise, le 8 fév. 1838, A. Coupvent-Desbois, Paris - source : Gallica-BnF

Cette expédition vers le pôle Sud suscite une violente polémique entre Dumont d’Urville et Arago par presse interposée. Ce dernier dénonce à la Chambre des députés une entreprise aussi dispendieuse que risquée et sans utilité. L’officier l’accuse dans Le Garde national de Marseille d’avoir tout fait pour l’empêcher d’être élu à l’Académie des sciences et de vouloir faire échouer l’expédition. Le Journal des débatsLe Siècle  et Le Constitutionnel publient la réponse d’Arago qui conteste la scientificité des observations de Dumont d’Urville lors de sa seconde circumnavigation.

Le récit du périple à travers la presse

L’Astrolabe et la Zélée appareillent le 7 septembre 1837 à Toulon. La presse suit avec intérêt cette exploration des mers australes en publiant, in extenso ou partiellement, ou en commentant des lettres envoyées à chaque escale par Dumont d’Urville au Ministre de la Marine et des Colonies, ou par des membres de son équipage. Le Constitutionnel accorde une large place à ce voyage d’exploration sous la plume d’Isidore Lebrun. 

Après un premier échec, l’expédition ne parvenant pas à dépasser le 64e degré de latitude sud vers les îles Orcades et Shetland, Dumont d’Urville réalise une seconde excursion dans les mers australes. Il la relate dans la lettre du 16 février 1840 en insistant sur les conditions extrêmes de navigation dans la banquise - les navires sont entourés de murs de glace - et sur la concurrence des expéditions de Ross et de Wilkes. Le 20 janvier 1840 une terre est aperçue, et le 21, il débarque avec une partie de son équipage sur le sol antarctique et la nomme Terre-Adélie, en hommage à son épouse Adèle Pépin. Après un périple de 38 mois, l’Astrolabe et la Zélée rejoignent le port de Toulon le 6 novembre 1840.

Le bilan humain du voyage d’exploration est lourd : on dénombre 25 morts  dont 5 officiers et 14 marins débarqués pour maladie. La dysenterie et le scorbut en sont les principales causes. Mais les apports scientifiques sont considérables grâce aux collections zoologiques et botaniques, aux expériences physiques et aux cartes réalisées par l’ingénieur hydrographe Vincendon-Dumoulin, notamment celle du littoral de la Terre-Adélie. Il utilise et perfectionne le procédé du lever sous voile des cartes qui permet de cartographier les côtes depuis le navire et améliore les connaissances encore lacunaires de l'Antarctique.

Tombeaux des officiers et matelots enterrés à Hobart, Tasmanie ; Mary Morton Allport, 1891 - source : Gallica-BnF

La découverte de l’Antarctique et ses enjeux de mémoire

Monument du contre amiral Dumont d'Urville ; E. Ollivier - source : Gallica-BnF

Décoré du titre de contre-amiral, Dumont d’Urville reçoit la médaille d’or de la Société de géographie pour ses découvertes : il apporte la preuve d’un continent antarctique dont on soupçonne l’existence depuis l’Antiquité mais que James Cook considérait comme une chimère. Une concurrence mémorielle s’ouvre toutefois avec l’américain Wilkes pour savoir quel navigateur a l’antériorité de la découverte.

Si la découverte de l’Antarctique est historique, elle est reléguée au second plan après l’exploration du Pacifique et de l’Océanie dans la mémoire collective. C’est déjà le cas à la mort de Dumont d’Urville. Lors du centenaire de la mort du navigateur, La Croix rappelle qu’« il y a cent ans mourrait un illustre explorateur du pôle Sud » (4 mai 1942), alors que Le Figaro insiste sur sa mort dans le premier accident ferroviaire et son rôle dans l’acquisition de la Vénus de Milo par la France en 1820 (30 avril 1942) et que Le Journal ne fait même pas une allusion à la découverte de l’Antarctique (5 décembre 1942). 

D’ailleurs, l’Antarctique ne constitue pas un enjeu géopolitique majeur pour la France. Il faut attendre 1903 pour qu’un explorateur français, Jean-Baptiste Charcot, retourne en Antarctique et 1938 pour que la Terre-Adélie devienne définitivement un territoire français.

Jules Sébastien César Dumont d'Urville (1790-1842)

Officier de la marine militaire française, Dumont d’Urville est un des plus célèbres explorateurs français du premier XIXe siècle. À la fois géographe, botaniste et ethnologue, il réalise trois voyages autour du monde. Il participe à l’acquisition par la France de la Venus de Milo en 1820. Lors de sa deuxième circumnavigation (1825-1829), il découvre l’épave du navire de La Pérouse à Vanikoro. Après avoir conduit Charles X en exil en 1830, il poursuit son exploration du Pacifique et des mers australes entre 1837 et 1840 et découvre le continent antarctique. Il meurt le 8 mai 1842 dans la première catastrophe ferroviaire française à Meudon. 

J.S.C. Dumont d'Urville ; Antoine Maurin, Paris, 1839 - source : Gallica-BnF

Cet article fait partie de l’époque : Monarchie de Juillet (1830-1848)