La Mafia, naissance du syndicat du crime | Retronews - Le site de presse de la BnF
Écho de presse

La Mafia, naissance du syndicat du crime

le par
le par - modifié le 26/10/2018
Photo de Charles « Lucky » Luciano prise à la suite de son arrestation à New York en 1936 - source : New York Police Department-WikiCommons

Rackets, assassinats, corruption... À la fin du XIXe siècle, la presse révèle aux lecteurs français l'existence d'une organisation secrète et tentaculaire en Sicile : la Mafia.

Aujourd'hui, tout le monde connaît son nom. Mais l'existence de la Mafia (ou « maffia », comme on l'orthographiait jadis), système criminel ancestral, n'est révélée que dans les années 1870 dans la presse française. Le public découvre alors les agissements de cette organisation qui ne cesse de se développer et fait régner la terreur en Sicile, son berceau natal.

 

Le Petit Journal lui consacre un long article en 1875. Le quotidien y cite un passage du livre d'Armand Dubarry, Le Brigandage en Italie depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours :

 

« La Maffia est une ténébreuse association de malfaiteurs, qui s'étend dans toute la Sicile. Elle n'a pas, comme d'habitude les sectes secrètes, de statuts, de réunions périodiques de chefs effectifs, d'organisation régulière, pourtant son pouvoir est immense. Essaye-t-on de la poursuivre, ainsi qu'un fantôme, elle s'efface dans l'ombre, disparaît dans le vide.

 

La Maffia est incarnée chez le peuple sicilien qui l'exerce d'instinct. »

 

Clandestine et toute-puissante, la mafia – que l'on comparera plus tard à une pieuvre, en raison de son organisation tentaculaire – exerce son emprise sur toutes les classes sociales, comme l'écrit Dubarry :

 

« La Maffia a envahi toutes les classes de la société ; le riche la pratique pour protéger sa personne et ses biens contre le malandrinage ou pour conserver l'influence que lui enlève chaque jour le développement des institutions libres ; la bourgeoisie s'y adonne par crainte de vengeance ou pour réussir dans certaines vues, pour acquérir la popularité ou par avidité et ambition ; le prolétaire l'exerce par haine contre celui qui possède, parce qu'il espère arriver à une position plus élevée, par esprit d'opposition, par paresse. »

 

Une caractéristique confirmée par un rapport rédigé à la même époque par le préfet de Caltanissetta, province du centre de la Sicile. Celui-ci (cité par Le Petit Journal) distingue la mafia haute (« Alta Maffia ») de la basse (« Bassa Maffia ») :

 

« La Bassa Maffia est grossière et éhontée. Tout gredin qui se sent du courage se fait Maffioso, menace de tuer celui-ci, celui-là, et est aussitôt obéi et servi. On ne lui refuse rien ; pour lui donner ce qu'il exige on se réduira à...

Cet article est réservé aux abonnés.
Accédez à l'intégralité de l'offre éditoriale et aux outils de recherche avancée