Écho de presse

« L'Internationale », genèse du plus célèbre chant révolutionnaire

le 06/10/2021 par Marina Bellot
le 09/06/2018 par Marina Bellot - modifié le 06/10/2021
Fragments de paroles de « L'Internationale » - source : Creative Commons

Composée en 1871 par un poète français révolutionnaire en pleine répression de la Commune de Paris, L'Internationale est devenu le chant des luttes sociales le plus connu au monde. 

« C’est la lutte finale ;
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale
Sera le genre humain.
 »

L’Internationale est sans nul doute le chant des luttes sociales le plus connu à travers le monde. Qui en connaît pourtant l'origine ?

C’est au cœur de la répression de la Commune de Paris que ses paroles naissent, de l’inspiration d’un jeune idéaliste révolutionnaire, Eugène Pottier, qui les écrit sous forme d'un poème à la gloire de l'Internationale ouvrière. 

Eugène Pottier pris en photo par Nadar, circa 1880 - source : Gallica-BnF

Ce n’est pourtant que seize ans après avoir été écrite que L’Internationale se fait connaître. Le célèbre chansonnier Gustave Nadaud repère en effet Eugène Pottier lors du fameux concours de la Goguette de la Lice chansonnière en 1883, et fait publier pour la première fois, en 1884, une cinquantaine de ses chansons. 

C’est ce qui incite les amis politiques de Pottier à faire éditer, en 1887, ses Chants révolutionnaires, préfacés par le polémiste le plus célèbre de l'époque, Henri Rochefort. L’Internationale est ainsi sauvée de l'oubli – et ne tarde pas à devenir le symbole de la lutte pour la Révolution. 

Eugène Pottier n’aura guère le temps de savourer le succès de son hymne : il meurt l’année même de la première publication de L’Internationale

L’occasion pour la presse de gauche, et notamment L’Intransigeant dirigé par Henri Rochefort, de lui rendre hommage en revenant sur la vie de labeur et de lutte du poète révolutionnaire : 

« Eugène Pottier, le grand poète révolutionnaire, vient de mourir. Il était pauvre, pauvre ! Il avait faim peut-être quand des amis lui offrirent le choix entre une liste de souscription et la publication de ses chants révolutionnaires. 

– Qu’on publie mes œuvres, s’écria le poète, et que je meure de faim 

Cette parole, rapportée par Nadaud, qui l'avait connu dans l’intimité, révèle l’existence entière d’Eugène Pottier mieux que ne le ferait aucune biographie.

C’est le cri du génie conscient de sa force et de l’utilité de sa mission ; c’est aussi le cri du dévouement et du sacrifice. Il peint admirablement l’homme de cœur qui vient de s’éteindre comme il avait vécu ; modeste, méconnu, oublié et malheureux. [...]

Ce qui distingue Eugène Pottier, non seulement de ses compagnons de lutte et d’exil, mais encore des hommes illustres dont s’honore le génie français, ce sont ses Chants révolutionnaires, dont le recueil a été publié cette année, œuvre unique, au souffle puissant, capable, si le peuple en était inspiré, de balayer les vieilles loques du passé et de briser les entraves de la réaction. »

Un an après la mort d'Eugène Pottier, les paroles de L’Internationale sont mises en musique par Pierre Degeyter. Une bataille judiciaire oppose d’ailleurs Pierre à son frère Adolphe, ce qui ne manque pas de provoquer l’ironie des journaux conservateurs :

 

« En attendant de réunir en une touchante fraternité le genre humain, L'Internationale met aux prises deux frères, MM. Adolphe et Pierre Degeyter. Qui a fait la musique de l'hymne révolutionnaire ? “Moi !” répondent ensemble les deux frères. »

À partir de 1904, L'Internationale devient l'hymne des travailleurs révolutionnaires et le chant traditionnel le plus célèbre du mouvement ouvrier. Il n'est pas une grève, pas une lutte sans que le chant soit entonné ou ses paroles déclamées, dans les rues, à la Chambre des députés et même dans l’armée, par des soldats dissidents.

L'Internationale sera par la suite traduite dans de nombreuses langues. Elle deviendra l'hymne national de l'URSS jusqu'en 1944, et demeure aujourd'hui l'hymne de la majorité des organisations anarchistes, marxistes ou communistes.