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1869 : L'armée tire sur une foule de grévistes à Aubin

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le par - modifié le 16/02/2019
Enterrement d'un mineur, par Frédéric Théodore, 1889 - source : Gallica-BnF
Enterrement d'un mineur, par Frédéric Théodore, 1889 - source : Gallica-BnF

En octobre 1869, l'armée ouvre le feu sur des mineurs en grève à Aubin, dans l'Aveyron, tuant 14 personnes. Le drame, retentissant, sera immortalisé par Victor Hugo puis Émile Zola.

« Quel âge as-tu ?
– Seize ans.
– De quel pays es-tu ?
– D'Aubin.
– N'est-ce pas là, dis-moi, qu'on s'est battu ?
– On ne s'est pas battu, l'on a tué. »

Ces vers de Victor Hugo, évoquant le sort d'une jeune ouvrière dont le père est mort sous les balles des soldats, ont immortalisé la grève sanglante des ouvriers d'Aubin, dans l'Aveyron, le 8 octobre 1869.

En cette fin d'année 1869, un lourd climat social pèse sur le bassin minier, qui traverse l'une de ses plus grandes crises. La misère pousse les mineurs d’Aubin à s’emparer du droit de grève, reconnu en France depuis 1864.

Les mines et forges d'Aubin sont alors exploitées par la Compagnie de Paris-Orléans depuis 1857. Le 6 octobre 1869, une cinquantaine de « gueules noires » renouvellent leur demande de renvoi d'un chef de poste avec qui ils sont en conflit. Doléance refusée.

Le lendemain, 7 octobre, la grève se généralise. Une foule de manifestants envahit le bureau de la direction, poussant brutalement le directeur à l'extérieur. « Au bassin, à l'eau ! », entend-on parmi les grévistes. 70 soldats sont dépêchés pour délivrer le directeur et disperser les grévistes.

Mais le 8 octobre, la situation bascule. Une foule de 1 400 personnes, dont nombre de femmes et d'enfants, vient défier les soldats, lançant pierres et briques sur la troupe. « Défendez-vous ! Faites usage de vos armes ! », ordonne alors le lieutenant. Des coups de feu éclatent. Affolée, la foule se disperse, laissant sur place 14 morts, dont un enfant de 7 ans et deux femmes, et 22 blessés – dont trois ne survivront pas.

Le lendemain, Le Journal officiel signale que des « troubles graves » ont eu lieu à Aubin :

« Les grévistes voulaient noyer l’ingénieur en chef. Le sous-préfet et le substitut de Villefranche ont été blessés.

Le magasin général des marchandises a été incendié. Hier matin, la grève est devenue une véritable émeute.

Les troupes, assaillies par les grévistes, ont fait feu ; il y aurait eu dix morts et plusieurs blessés. »

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Cet article fait partie de l’époque : Second Empire (1852-1870)

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