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Marie Marvingt, inventrice de l'ambulance aérienne

le par - modifié le 13/02/2019

On l’a surnommée « La fiancée du danger » ou « Marie Casse-cou ». Marie Marvingt était tout cela mais elle fut surtout, en 1910, la première à imaginer la transformation d’un avion en ambulance, inventant ainsi l’aviation sanitaire.

Lorsqu’en 1922 le journaliste de L’Écho d’Alger dresse le portrait de Marie Marvingt, il avoue sans peine « l 'homme que je suis commence à se sentir un peu humilié de constater chez une femme tant de qualités qu'il ne possède point ». À 47 ans, Marie Marvingt accumule les exploits.

« Voici une femme qui a pratiqué tous les sports, tous, sans exception ;

elle possède ses trois brevets de pilote de ballon sphérique, d'aéroplane et d'hydravion ;

nage à la perfection, manœuvre autos, locomotives, bateaux à vapeur ;

aime canotage, cyclisme, escrime, équitation, tir, sports d'hiver, footing, gymnastique et jeux, gravit les sommets les plus élevés, parle cinq langues, fait du dessin, de la peinture, de la sculpture, danse les pas anciens et modernes, a étudié le droit, la médecine, fut assistante en chirurgie, bombarda les boches à bord d'un avion, tint les tranchées comme un poilu, écrit des vers, des nouvelles, conférences et vous régalera, à l'occasion, de la plus excellente des soupes aux choux, car, malgré ce qui précède, elle a encore réussi à mériter cet éloge – il devient rare – de “ménagère accomplie !” »

Le monde est sauf et peut continuer à tourner, elle sait aussi cuisiner.

La vie exceptionnelle de Marie décolle en 1910 lorsqu’elle décroche son brevet de pilote (« sans casse » est-il précisé) sur un Antoinette particulièrement difficile à voler. Quelques jours après l’obtention de son diplôme, elle établit un premier record.

« Une aviatrice, Mlle Marie Marvingt, a concouru hier, à Mourmelon, pour la “Coupe Fémina”. Officiellement contrôlée par des commissaires de l'Aéro-Club de France, Mlle Marvingt, malgré un vent violent et un froid très vif, a tenu l'air pendant cinquante-trois minutes. »

1910 est aussi l’année où lui vient une idée lumineuse : transformer son avion afin de transporter blessés et malades urgents.

« J’ai exposé au premier salon de l’aviation, dans le stand du général Hirschauer, une aquarelle représentant le tout premier projet d’avion sanitaire. C’était un monoplan biplace pour lequel j’avais inventé une civière blindée, avec fenêtre en mica, s’adaptant sous le fuselage, munie d’un matelas à air.

En 1912, j'ai passé commande du tout premier avion sanitaire. Que de scepticisme, de railleries n'ai-je pas rencontrés lors de cette période d’incubation !

Mais l’avenir m’a donné raison, et les ailes de charité se multiplient dans le monde ; 5 000 blessés du Rlff doivent leur vie aux avions sanitaires. »

Dessin de Marie Marvingt et de son projet d'ambulance aérienne, Émile Friant, 1914 - source : WikiCommons

Cette idée, elle va la développer et la peaufiner toute sa vie. Mais avant cela, elle a un conflit à affronter.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, elle commence par se déguiser en homme pour partir au front. Découverte, elle réussit à convaincre la hiérarchie militaire de la laisser poursuivre en tant qu’infirmière, puis de prendre les commandes d’un avion. Elle est décorée de la Croix de guerre en 1915 pour avoir bombardé une caserne allemande à Metz. Elle devient ainsi la première Française engagée dans des combats aériens.

Après la guerre, elle multiplie les conférences pour promouvoir le développement de l’aviation sanitaire. Lors de sa tournée en Grèce, elle imagine l’adaptation de cette idée à un hydravion afin d’accéder aux îles grecques les plus reculées.

« Elle a conférencié un peu partout même hors de Grèce, à Constantinople devant les autorités civiles et allemandes ; à l'école allemande d'Athènes, au Pirée, à Volo, à Milliaès, à Salonique, à Cavalla.

À Salonique, Marie Marvingt fit sensation. Pour la première fois, une femme parlait en public. Au camp d'aviation de Senès, près de Salonique, Marie Marvingt a, devant les officiers et les élèves du centre et devant les médecins de la ville, parlé du vol à voile (là-bas interdit) et de l'hydraviation sanitaire.

À Athènes. Marie-Marvingt a renouvelé sa conférence sur l'hydraviation sanitaire, destiné a rendre les plus grands services aux populations des îles qui ne sont médicalement assistées qu'une fois par mois, lors de la venue d'un “caboteur” mensuel. M. et Mme Venizelos ont à la suite de ces causeries constitué un comité hellénique d’aviation sanitaire insulaire. »

En 1929, elle co-fonde la Ligue de l’aviation sanitaire, dont elle devient la vice-présidente. En 1931, elle lance le challenge Capitaine Echeman dans le but d’encourager l’innovation dans ce domaine.

« Cet après-midi, à l'aérodrome d'Everc à Bruxelles, sera mis en compétition, pour la troisième fois, le challenge “Capitaine Echeman”, offert par Mlle Marie Marvingt pour récompenser la meilleure transformation facultative de n'importe quel avion en avion sanitaire.

Plusieurs nations ont engagé des avions pour cette compétition qui fera partie du programme du troisième Congrès international de l’aviation sanitaire, qui a lieu à Bruxelles du 10 au 15 juin. »

Marie Marvingt en skieuse à Chamonix, 1913 - source : Gallica-BnF

Dans cette aventure, les femmes ont toute leur place selon elle.

« Les aviatrices ont donné des preuves de leur capacité aérienne, de leur sang-froid, de leur endurance et persévérance, de leur qualité d'observateur, de leur agilité en acrobatie, etc.

Nous avons d'admirables femmes médecins et chirurgiens, de très compétentes et dévouée infirmières, toutes utilisables dans l’aviation sanitaire, domaine aérien qui doit devenir par excellence celui des aviatrices de tous pays. »

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, on la retrouve au combat. Là encore, son intelligence impressionne : elle met au point un nouveau type de suture pour recoudre les plaies, capable de supporter les transports les plus chaotiques.

Marie Marvingt mourra en 1963, après avoir accumulé records et récompenses. Avant cela, elle passera un dernier brevet, celui de pilote d’hélicoptère à réaction – à l’âge de 80 ans.

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