1938 : reportage dans les bas-fonds de la prostitution infantile | Retronews - Le site de presse de la BnF
Écho de presse

1938 : reportage dans les bas-fonds de la prostitution infantile

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Illustration tirée du Rire, 10 mars 1906 - source : BnF-RetroNews

À la fin des années 1930, un reporter dresse un état des lieux particulièrement sinistre de la traite des enfants à Paris.

Au mois d’août 1938, le quotidien Ce Soir publie un reportage minutieux et effroyablement documenté sur la traite des enfants à Paris : « Il faut sauver ces enfants affamés ».

À travers ces longues soirées dans le Paris sordide des cafés de rencontre et des cinémas dits « interlopes », le reporter nous enfonce dans l’horreur de la grande misère d’alors et dresse un constat social alarmant, celui d’un pays en pleine crise morale à la veille d’une nouvelle guerre. Ici, des enfants de dix ans fument la cigarette, sont « gigolos » depuis plusieurs années, volent leurs cadets et vendent leurs corps à des adultes contre deux francs. Là, des personnages louches, anciens « michetons » devenus « placeurs », organisent des rencontres entre jeunes garçons et hommes d’âge mûr fortunés.

Le reporter raconte de l’intérieur l’intégralité des maillions de la chaîne. Il rencontre et parle aux membres de chaque strate de ce commerce souterrain, des enfants aux policiers de la Mondaine chargés d’enquêter – souvent sans succès – sur cette manne d’argent cachée de tous. Souvent, le journaliste laisse éclater sa colère. Il ponctue ses phrases d’épithètes ne laissant aucun doute quant à son point de vue : ainsi, les mots « odieux », « infâme », « ignoble » ou « immonde » reviennent-ils à de nombreuses reprises au cours du texte.

Il blâme d’abord l’extrême pauvreté, qui pousse les enfants vers la prostitution. Il désapprouve ensuite les parents, souvent alcooliques, violents et incapables de donner à leurs enfants la moindre éducation – la plupart sont en effet illettrés. Il condamne enfin la société dans son ensemble, fermant obstinément les yeux sur un fléau silencieux.

L’enquête débute rue Labat dans le 18e arrondissement, avec Gilbert, prostitué âgé de « dix ans, douze peut-être ». Il ouvre les yeux au reporter sur la sc...

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