La Cour des Miracles, « monde inconnu, inouï, difforme » | Retronews - Le site de presse de la BnF
Long Format

La Cour des Miracles, « monde inconnu, inouï, difforme »

le par - modifié le 09/09/2018

Rendue célèbre par Victor Hugo, la Cour des Miracles de Paris abritait au Moyen-Âge tout ce que la capitale comptait de miséreux et de truands. Une fascinante cité dans la cité, dont la destruction fut ordonnée par le pouvoir royal en 1784.

Une « hideuse verrue à la face de Paris », « un nouveau monde, inconnu, inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique ». Ainsi Victor Hugo évoque-t-il la grande Cour des Miracles dans Notre-Dame de Paris, faisant revivre par sa description aussi magistrale qu'apocalyptique ce lieu hors du commun :

« C’était une vaste place, irrégulière et mal pavée, comme toutes les places de Paris alors. Des feux, autour desquels fourmillaient des groupes étranges, y brillaient çà et là.

Tout cela allait, venait, criait. On entendait des rires aigus, des vagissements d’enfants, des voix de femmes. Les mains, les têtes de cette foule, noires sur le fond lumineux, y découpaient mille gestes bizarres.

Par moments, sur le sol, où tremblait la clarté des feux, mêlée à de grandes ombres indéfinies, on pouvait voir passer un chien qui ressemblait à un homme, un homme qui ressemblait à un chien. Les limites des races et des espèces semblaient s’effacer dans cette cité comme dans un pandémonium.

Hommes, femmes, bêtes, âge, sexe, santé, maladie, tout semblait être en commun parmi ce peuple ; tout allait ensemble, mêlé, confondu, superposé ; chacun y participait de tout. »

Les principaux personnages de « Notre-Dame de Paris », drame de Paul Meurice, d'après Victor Hugo, par Méaulle, 1879 - source : Gallica-BnF

C’est en effet sous ces termes peu flatteurs que l’Histoire a retenu ce lieu dont on sait en réalité peu de chose, et pour cause : ses contemporains refusaient de s’y aventurer par peur de s’y faire détrousser – ou tout simplement, par crainte d’y être seulement aperçu.

Ainsi L’Intransigeant, dans les années 1920, retrace l’historique de ce royaume des gueux avec emphase certes, mais en rapportant peu ou prou les mêmes tropes que ceux dessinés par la légende populaire ou les visions de Hugo :

« Truands, sorcières et ribaudes, faux éclopés, mendiants,...

Cet article est réservé aux abonnés.
Accédez à l'intégralité de l'offre éditoriale et aux outils de recherche avancée


Cet article fait partie de l’époque : Grand siècle (1631-1715)