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Suzanne Lenglen remporte Wimbledon en 1919

le par - modifié le 13/02/2019

Suzanne Lenglen est incontestablement une des plus grandes joueuses de tennis. Divine et diva, elle jouit d’une extraordinaire popularité qui est née après sa première victoire à Wimbledon en juillet 1919. Par son style de jeu et son style vestimentaire, elle révolutionne le tennis et devient une figure de l’émancipation féminine mais également une héroïne nationale dans la presse française. 

La première joueuse française victorieuse à Wimbledon

La carrière de Suzanne Lenglen est fulgurante : elle remporte son premier tournoi de lawn-tennis en 1912 et est sacrée championne du monde à Saint-Cloud, à 15 ans, le 8 juin 1914. L’information est digne d’être publiée en Une du Matin qui loue sa combativité, sa pugnacité, sa précocité (9 juin 1914) dans un contexte dominé par la signature du traité de Versailles. Le numéro de Femina du 1er juillet 1914 décrit à ses lectrices la nouvelle étoile du tennis féminin français.

Sa légende naît toutefois le 5 juillet 1919 : âgée d’à peine 20 ans, elle triomphe au championnat du monde sur herbe de Wimbledon contre la référence du tennis féminin de l’époque, Dorothea Lambert-Chambers, de 20 ans son aînée. C’est la première Française à remporter le simple dames à Wimbledon depuis la création du tournoi en 1877. Pourtant, à l’instar du Rappel le 6 juillet 1919, la plupart des quotidiens français se contentent d’un entrefilet énonçant les résultats.

Il faut rappeler que le tennis reste un sport plutôt élitiste, peu présent dans la presse, et qui ne suscite pas un engouement populaire. Toutefois la médiatisation du tennis (Le Figaro fait l’histoire de ce sport dans son numéro du 19 septembre 1921) accompagne celle de Suzanne Lenglen grâce aux photographes et aux nombreux photomontages des journaux sportifs mettant en évidence la souplesse de sa gestuelle.

Fémina, 1er juillet 1914 - source : Gallica-BnF
Melle Lenglen, championne du monde de tennis, gagnante de Wimbledon, le samedi 5 juillet 1919 ; Agence Roll - source : Gallica-BnF
Le Miroir des sports, 8 juillet 1920 - source : Gallica-BnF

La première star internationale du tennis féminin

Cette victoire à Wimbledon en 1919 est le premier exploit d’une carrière exceptionnelle. Entre 1919 et 1926, celle qu’on surnomme « la Divine » triomphe six fois aux championnats de France et autant de fois à Wimbledon. Elle ne subit qu’une défaite, par abandon, en match officiel en simple durant cette période, contre Mallory, au championnat d’Amérique en 1921. « Qui peut oser lui disputer le titre de plus grand athlète française ? » se demande Jacques Mortane dans Le Figaro.

Elle devient une vedette internationale et médiatique. Sa renommée est telle qu’elle joue avec Gustave V, roi de Suède, devenant pour l’occasion « la partenaire des rois au tennis ». Elle est même parodiée par Saint-Granier au Casino de Paris en 1926, se moquant de ses caprices de diva. 

L’année 1926 constitue le point d’orgue de sa carrière avec sa victoire à Cannes contre la jeune américaine Helen Wills considérée comme la future première joueuse mondiale. Si l’Américaine s’appuie surtout sur sa puissance, « le jeu de Suzanne Lenglen est aux antipodes. Il est au pays de la danse. Ce jeu n’est pas seulement une danse, c’est une mélodie », déclame Gaston Leroux. Si son talent est exceptionnel, elle n’en demeure pas moins très nerveuse et susceptible : à cause d’un incident avec les organisateurs du tournoi de Wimbledon en 1926, elle crée le scandale en refusant de jouer le simple alors que la reine Mary est venue spécialement pour la voir.

En 1926, Suzanne Lenglen fait le choix d’une carrière professionnelle en Amérique, tournant le dos au sport amateur. Sa décision suscite des débats dans la presse. De retour en France après une expérience mitigée, « la Reine du tennis abandonne les cours » en 1928 et ouvre une école de tennis à Paris. Pourtant, même après sa retraite, le poids de sa renommée continue à peser sur les joueuses française.

Héroïne nationale et figure de l’émancipation des femmes

Melle Suzanne Langlen, joueuse de tennis en action ; Agence de presse Meurisse, Paris, 1921 - source : Gallica-BnF

La presse quotidienne et sportive fait d’elle une figure patriotique et un instrument de prestige national. Au contraire, Le Temps s’exaspère de la « manie désobligeante du public français d’engager l’honneur national sur un terrain où il n’y a que faire et d’attacher le prestige des trois couleurs à un muscle plus ou moins résistant » (24 août 1921).

Élégante et coquette, la Divine se mue également en diva : elle fréquente les lieux mondains de Paris et devient une égérie de la mode, collaborant avec son couturier attitré Jean Patou. Elle révolutionne les codes vestimentaires du tennis féminin. Elle entre sur le cours maquillée, privilégie des jupes plissées blanches s’arrêtant sous le genou, pour mieux se déplacer sur les cours, un cardigan sans manches, et porte un épais bandeau de tulle de couleur fuchsia, orange ou vert émeraude. Elle impose une « mode Lenglen » qui influence les autres joueuses et que diffuse la presse. Le Figaro publie dans les pages féminines des conseils pour savoir « Comment s’habiller pour le tennis » (6 février 1939). Le Journal regrette la disparition progressive du turban au profit de la visière, promue par l’américaine Helen Wills (25 juillet 1928).

La star du tennis a même été le sujet d’une controverse féministe : Cécile Brunschvicg, secrétaire générale de l’Union française pour le suffrage des femmes, s’insurge contre le titre du Matin, selon lequel le titre de championne de France de Suzanne Lenglen relève du « bon féminisme » (23 juin 1914). Pourtant, elle ne se veut ni féministe ni une égérie « garçonne » selon Christine Bard, mais plutôt une dandy féminine s’affranchissant d’une société encore très corsetée.

Portrait de Suzanne Lenglen

Un spectacle consacré à la première championne de tennis Suzanne Lenglen, "Suzanne Lenglen la diva du tennis", est donné au Carré Silvia-Montfort. Sur des images du spectacle et des archives de l'époque est évoqué la vie et la carrière de la tenniswoman picarde. À Wimbledon en 1919 elle bat Dorothea Lambert Chambers et est sacrée championne du monde. Elle devient une star adulée, lance la mode sur les cours, tout en étant habillée par Jean Patou ; elle est la première à ne pas porter de corset, et côtoie dans ces Années folles, les plus grands artistes.

 

Bibliographie

 

Christine Bard, Les Garçonnes. Modes et fantasmes des Années folles, Flammarion, Paris, 1998.


Gianni Clerici, Suzanne Lenglen, la diva du tennis, Rochevignes, Paris, 1984.


Philippe Tétart (dir.),  Histoire du sport en France, Vuibert, Paris, 2007.