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Écho de presse

C'était à la Une ! Les premières journées de la Commune en 1871

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le par - modifié le 10/09/2018
Café restaurant Weber, rue Royale, in Paris pittoresque (vues des monuments de Paris incendiés pendant la Commune) - source : Gallica-BnF

L'article du jour retrace le déroulé, heure par heure des premières journées de la Commune de Paris en 1871.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

 Cette semaine  : Le récit des premières journées de la Commune, Le Figaro, 20 mars 1871

 

 

Texte lu par : Hélène Lausseur 

Réalisation : Séverine Cassar

« On comprendra qu’en présence des événements d’hier qui se sont accomplis dans la journée d’hier, nous donnions ici sans commentaire tous les renseignements que nous avons pu recueillir. [..] et nous garantissons leur parfaite authenticité.

On nous raconte que le général Lecomte est fait prisonnier avec son état-major au Château-Rouge ; on lui fait signer une déclaration par laquelle il s’engage à ne pas tirer son épée contre Paris ! (Sic.) […]

Sur les anciens boulevards extérieurs, depuis Batignolles jusqu’à la Chapelle, tous les établissements publics et toutes les boutiques sont […] fermés ; aucun omnibus ne circule. Sur les places et aux débouchés des rues, on voit des gardes nationaux en sentinelle.

Durant toute la journée, de nombreux ouvriers volontaires ont été occupés à fortifier la butte Montmartre, on a creusé des tranchées plus profondément, on a solidifié les redoutes ; on a mis les canons en place.  Nous devons dire, pour être dans le vrai, que la plupart des ouvriers qui remuaient la terre étaient des enfants de douze à quatorze ans. […]

2 heures. – Des citoyens, protégés par une haie de gardes nationaux, élèvent une barricade au haut de la rue des Martyrs  […] La rue Germain-Pilon qui monte vers Montmartre, est défendue également par une pièce d’artillerie placée à son sommet.

2 heures 1/2 . -  Un bruit de tambour se fait entendre, de quoi s’agit-il ? C’est une mitrailleuse attelée […] qu’une compagnie de garde nationale va mettre en position.  […]

3 heures. – Les quartiers qui avoisinent l’Hôtel de ville sont calmes […] on ne remarque, dans ce quartier, aucun déploiement de forces militaires.

3 heures ½. – Le commandant général des forces de Montmartre, entouré de son état-major, paraît sur la place Saint-Pierre. Il annonce qu’il ne reste plus qu’à marcher sur l’Hôtel de ville. (Acclamations.)

4 heures. – Le général Clément Thomas, en habit bourgeois, est reconnu boulevard Rochechouart et immédiatement arrêté par des gardes nationaux qui le conduisent au comité de la rue des Rosiers, en suivant la rue des Trois-Frères et celle de Chappe. M. Clément-Thomas était extrêmement pâle. Sauf un coup de bâton qu’il a reçu sur la tête, il n’a pas été trop maltraité. C’est rue des Rosiers que siège la cour martiale de Montmartre, où le général Lecomte avait déjà été amené depuis plusieurs heures. […]

6 heures ½. – On élève des barricades à place Blanche, aux débouchés de la rue Blanche et de la rue Fontaine. [..]

Trois bataillons à peu près prirent par la rue des Martyrs, où les groupes ne répétaient qu’avec un enthousiasme médiocre leurs cris de ; Vive Garibaldi ! Vive la République !

Les premiers de  ces hommes marchaient assez militairement, mais il en était autrement déjà dès le second bataillon, et dans le troisième on portait l’arme avec un sans-gêne et une fantaisie qui n’avaient rien d’effrayant. […]

Au moment où ces hommes quittaient Montmartre, le bruit courait que les généraux Clément Thomas et Lecomte avaient été fusillés. Une cantinière de la garde nationale affirmait avoir assisté à l’exécution, et certains gardes nationaux se vantaient d’y avoir pris part. […]

Le général Lecomte et Clément Thomas ont été, en effet, fusillés à cinq heures et demie, rue des Rosiers, dans un jardin.

Un officier des volontaires garibaldiens a exprimé le désir qu’il fût procédé à un simulacre de jugement, mais sa voix a été couverte par les cris de : A mort ! A mort ! et l’on a passé outre.

Clément Thomas a opposé une assez vive résistance ; il a été saisi par quelques individus qui l’ont adossé contre un mur, et il a été fusillé presque à bout portant. Il a reçu, nous a-t-on dit, vingt balles dans la poitrine.

Le général Lecomte est mort en soldat. Il n’a pas voulu qu’on lui bandât les yeux, et est resté coiffé de son képi.

L’après-midi a été consacré à la construction des barricades dans tout le onzième arrondissement. Rue Saint-Sébastien, rue Saint-Sabin, rue Sedaine, rue  du Chemin-Vert, on élevait des barricades de pavés, habilement disposées, d’après le système de la fameuse commission des barricades.

A cinq heures, Belleville appartient tout entier à l’insurrection ! »