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Interview

Antoine Prost : Censure et propagande pendant la Première Guerre mondiale

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le par - modifié le 05/11/2018
L'Homme libre du 4 janvier 1915, exemple de la censure des journaux - source : RetroNews-BnF

La vérité est-elle toujours la première blessée en temps de guerre ? Comment la censure et la propagande se sont-elles exercées en France pendant la Première Guerre mondiale ? L'historien Antoine Prost revient sur les différentes formes de désinformation et de manipulation de l'opinion pendant la Grande Guerre, mais aussi sur la clairvoyance développée par les Français. 

Antoine Prost professeur émérite à l’Université de Paris I, Centre d’histoire sociale du XXe siècle, a travaillé sur l’histoire ouvrière, celle de l’éducation et celle de la guerre de 1914. Il a notamment publié Les Anciens combattants 1914-1940, (2014), Penser la Grande Guerre (avec Jay Winter, 2004), Verdun 1916, une histoire franco-allemande, (avec Gerd Krumeich, 2015). Il préside le Conseil scientifique de la Mission du Centenaire 1914-1918 et celui du Mémorial de Verdun.

 

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RetroNews : Comment la censure s’exprime-t-elle en France pendant la Grande Guerre ? 

Antoine Prost : Dès le début de la guerre, la censure s’exerce sur les morasses, les planches des journaux prêtes à être imprimées : elle supprime des passages entiers de texte, ce qui fait qu’on a souvent des blocs blancs dans les journaux ou les livres. 

Deux principes organisent la censure :
- Ne pas donner des informations à l'ennemi dont il pourrait se servir contre nous ;
- Entretenir le moral de la population. 

L’un des procédés les plus simples consiste à retarder la diffusion des mauvaises nouvelles, de façon à ce que l'opinion puisse s’y préparer. Cela consiste aussi à majorer l’importance des succès remportés, et à minimiser les reculs. 

La presse résiste-t-elle ?

La presse résiste, mais résiste en essayant de se montrer plus maligne que la censure. D'écrire les choses à demi-mots, de telle sorte que le lecteur comprenne sans que les censeurs ne censurent.  

La bataille de Verdun a-t-elle constitué le paroxysme de la censure ? 

Je suis frappé au contraire de tout ce que la censure a laissé passer. Et pour cause : sur Verdun, la presse a réagi avec un temps de retard, en minimisant, en disant en substance : « si on ...

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