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C'était à la Une ! L'assassinat de Victor Noir à Auteuil

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le par - modifié le 10/09/2018
Le Drame d'Auteuil. - Homicide commis par le prince Pierre Bonaparte sur la personne de Victor Noir, estampe, Gaildreau - source : Gallica-BnF

L'article du jour retrace le meurtre de Victor Noir, journaliste. Le prince Pierre Bonaparte, cousin germain de l'empereur se rend au domicile de Victor Noir au prétexte de demander réparation pour une injure. A son arrivée, il sort un revolver et fait feu, tuant Victor Noir. Edouard Lockroy relate les faits dans Le Rappel.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : la mort du journaliste Victor Noir à Auteuil par Edouard Lockroy, Le Rappel, 12 janvier 1870.

 

Texte lu par : Christophe Brault

Réalisation : Séverine Cassar

«  L’assassinat d’Auteuil

Un meurtre odieux vient d’être commis à Auteuil. Son altesse impériale le prince Pierre Bonaparte, cousin germain de sa majesté l’empereur, a assassiné notre ami et ancien collaborateur Victor Noir.

Victor Noir s’était rendu chez son altesse, accompagné de M.  de Fonvielle. Le prince ayant insulté M. Paschal Grousset, M. Grousset avait prié ces deux messieurs de lui servir de témoins.

Voici comment M. de Fonvielle nous raconte le crime : 

En arrivant à la maison du prince, Victor Noir remit sa carte au valet de pied. […]

Au bout de cinq minutes, le prince entra. Il était pâle et paraissait en colère. […]

Victor Noir parla pour la première fois, hélas ! et pour la dernière aussi.

- Monsieur, dit-il, nous venons de la part de M. Grousset. Nous sommes solidaires de nos amis.

À ce moment le prince bondit sur lui ; il lui applique la main gauche sur l’épaule, le force à se tourner, et tirant rapidement un revolver de sa poche, il le lui décharge en pleine poitrine.

Victor Noir, en essayant de se défendre contre son assassin, l’égratigne à peine à la joue. Le prince fait feu une seconde fois. Victor Noir, blessé à mort, aperçoit alors une porte ouverte. Il se précipite dans l’escalier.

M. de Fonvielle veut courir à son secours. Le prince se tourne vers lui et lui tire un troisième coup de pistolet. [..]

Le docteur Pinel, qui passait justement au moment de la mort de notre pauvre ami, se rendit aussitôt chez M. Pierre Bonaparte. Il lui apprit qu’une des personnes sur lesquelles il avait tiré venait de rendre le dernier soupir.

- Lequel des deux ? demanda le prince. Est-ce le plus petit ?

- Non, répondit M. Pinel, c'est l'autre.

Le prince fit un mouvement. 

- Quand l'empereur va savoir cela, s'écria-t-il, il va me retirer ma pension. 

Nous arrivons de la maison que Victor Noir habitait à Neuilly. Beaucoup de nos confrères y sont allés comme nous. La rue du Marché, ordinairement déserte à cette heure, était pleine de voitures qui toutes s’arrêtaient devant la même porte. Les sergents de ville, qu’on apercevait de loin en loin cachés aux angles des rues, semblaient cependant plus nombreux encore que les voitures. […]

La porte de la maison était ouverte. […] Deux dames étaient assises aux coins de la cheminée. La plus jeune, à demi renversée sur son fauteuil, pleurait. C’était la fiancée de Victor Noir. Il la devait épouser dans deux ou trois jours.

M. Louis Noir, le frère de la victime, se tenait dans une pièce à côté. Je n’ai rien vu jamais de plus épouvantable que sa douleur. [..]

Il nous conduisit à l’appartement de Victor Noir. C’était un petit appartement que ce pauvre et cher garçon venait de meubler. Appartement simple et assez bizarrement orné. Un trophée d’armes pendu au mur. Une grande table. Une photographie représentant la mort de Baudin. Une autre photographie représentant le foyer de l’Odéon. […]

Il était couché sur son lit, à demi déshabillé. Ses traits étaient calmes.Sa peau seulement, rose d’ordinaire, avait la blancheur d’un marbre. Ses yeux n’étaient qu’à demi fermés. Sa chemise était entr’ouverte et toute pleine de sang. On voyait sur sa poitrine, juste à la région du cœur, un gros trou noir.

On ne lui avait point retiré son pantalon, tout blanc de poussière. En sortant de chez le prince, sur le trottoir, Victor Noir était tombé à genoux.

Quelques amis étaient là, groupés autour de M. Gill, qui faisait le portrait du mort.

Tout le monde pleurait.

Pourquoi cette bête fauve l’a-t-elle tué ? Pourquoi ? Qu’avait-il fait ? Il venait, au nom d’un ami, demander réparation pour une injure, et on l’assassine ! En quel temps vivons-nous ! On se croirait au quatorzième ou au quinzième siècle. On se demande si l’on a affaire à un Bonaparte ou à un Borgia.

Ce misérable avait médité son crime.

Il s’était armé. Il n’a point cédé à un mouvement de colère. Il s’était dit à l’avance : Je tuerai ! Et il a tué.

Victor Noir écrivait dans les journaux républicains. Il était républicain. M. Pierre Bonaparte a pensé qu’on pouvait tirer sur lui comme sur du gibier. On a tué de la même façon beaucoup de républicains le 2 décembre. M. Pierre Bonaparte a conservé pieusement les traditions de la famille.

 

Edouard Lockroy »

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