C'était à la Une ! Devant la prison de Versailles, Eugène Weidmann a expié | Retronews - Le site de presse de la BnF
Écho de presse

C'était à la Une ! Devant la prison de Versailles, Eugène Weidmann a expié

le par
le par - modifié le 10/09/2018
Après sa confrontation avec Roger Million, les gendarmes ramènent Weidmann à la prison, Ce soir, 23 décembre 1937 - source : Gallica-BnF

L'article du jour évoque les dernières heures du condamné à mort Eugène Weidmann et la foule qui se presse devant la prison de Versailles pour assister à ce qui sera, la dernière exécution publique.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : Eugène Weidmann a expié devant la prison de Versailles à 4h32, Paris-Soir, 18 juin 1939

Texte lu par : Elsa Dupuy

Réalisation : Marie-Laure Ciboulet

 

« Weidman cinq fois assassin a expié ses crimes, ce matin, à 4h32. […]

L’échafaud est dressé. La bascule est montée. Les boîtes remplies de son qui recevront la tête et le corps du supplicié sont ajustées aux montants.

Et soudain, le ciel jusqu’alors lourd et obscur, s’éclaircit. Est-ce le lever du jour ? Il est trois heures. […] Alors une excitation répugnante s’empare de la populace massée derrière les barrages de police. De nouveau des clameurs s’élèvent, des coups de sifflet retentissent. […] Tandis que le bourreau et ses aides continuent en silence leur besogne, la foule épie la façade morte de la prison. Dès qu’une fenêtre s’éclaire au rez-de-chaussée, une rumeur s’élève.

- Le voilà !

Non. C’est seulement la salle du greffe qui vient de s’éclairer.  […]

Trois heures et demie. Un groupe s’approche de la prison. On reconnaît le procureur de la République, M. Balmary, le juge d’instruction  M. Berry, le substitut, M. Rolland, et les défenseurs de Weidmann, Me de Moro-Giafferi, Planty, Renée Jardin et Raoult. Pendant près de trois quarts d’heure, ils resteront là, dans le petit jour glacial, piétinant entre l’échafaud et le mur de la prison. […] Une rumeur s’élève. Les magistrats se dirigent vers la prison. Un portillon s’ouvre et se referme sur eux.

Par les couloirs, le groupe silencieux, conduit par le directeur de la prison, se rend au quartier des condamnés à mort. La cellule de Weidmann est là. Une clef grince dans la serrure. Le misérable qui était étendu sur son lit, les yeux grands ouverts, s’est dressé.  Le premier visage qu’il aperçoit est celui de son défenseur, Mlle Jardin. Elle se penche sur lui, les yeux brouillés de larmes, et l’embrasse. C’est le dernier geste de tendresse humaine que connaîtra Weidmann.

- Weidmann, ayez du courage, l’heure est venue…

Le procureur de la République a prononcé ces paroles rituelles d’une voix sourde.

- Je vous attendais, répond Weidmann. Il est très pâle, d’un calme terrifiant. […] les magistrats lui posent d’ultimes questions. […]

A la demande de la famille de l’infortunée Jean de Koven, Me de Moro-Giafferri prie Weidmann de lui dire quelle fut son attitude à l’égard de sa victime.

- Je n’ai jamais fait un geste ou prononcé une parole qui puissent attenter à l’honneur de cette jeune fille, répond-il, et il ajoute :

- Je suis heureux de pouvoir faire cet aveu qui soulage ma conscience.

L’aumônier s’approche de Weidmann et lui parle à voix basse. Puis, le soutenant, il l’entraîne dans la chapelle où le condamné a demandé à entendre la messe. C’est ensuite la toilette du supplicié. Les ciseaux mordent l’épaisse chevelure noire, ils déchirent la chemise de fin tissu bleu et découvrent les épaules. Weidmann est prêt. Les bras et les chevilles garrotés, roidi, il est soulevé, emporté par les aides. Les deux battants de la prison s’ouvrent d’un coup. Il fait grand jour. […] L’apparition de Weidmann est fulgurante. Grand, mince, il est livide. Une face de cire sous le casque des cheveux noirs. Des yeux qui s’affolent, balaient la foule et se heurtent à l’échafaud. […]

À peine l’a-t-on vu qu’il est poussé en avant, rejeté sur la bascule. Il chavire. […]

Deux aides le poussent, un autre l’empoigne par les cheveux. Le couperet glisse avec un bruit mou, tombe, rebondit. C’est fait. Avec une rapidité extraordinaire, la tête et le corps sont jetés dans le son. Un cercueil noir est tiré du fourgon. La voiture s’ébranle.

Tandis que les aides jettent des seaux d’eau sur la machine, la voiture roule vers le cimetière des Gonards où le corps sera inhumé. […]

Il est un geste de weidmann qui demeure mystérieux. Au moment de quitter sa cellule, il a remis à Me Jardin une longue enveloppe en lui disant : « Je désire que ceci soit enfoui avec moi. »

Est-ce son secret que Weidmann a confié à la tombe ? »

Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)

Sur le même sujet