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Renée Lafont, journaliste française fusillée par les franquistes

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le par - modifié le 07/02/2019
Photographie de la journaliste au Populaire Renée Laffont, assassinée par les armées franquistes en 1936, au début de la Guerre d'Espagne - source : L'Humanité-DR
Photographie de la journaliste au Populaire Renée Laffont, assassinée par les armées franquistes en 1936, au début de la Guerre d'Espagne - source : L'Humanité-DR

En 1936, Renée Lafont, journaliste au Populaire et traductrice de Vicente Blasco Ibañez, part couvrir les combats du côté du front républicain en Andalousie. Elle ne reviendra jamais. Il faudra attendre près de 70 ans pour connaître les circonstances de sa mort.

Née en 1877 à Amiens, Renée Lafont fait de brillantes études de lettres, de philologie et de langues, parlant couramment anglais et allemand. Mais c’est l’Espagne qui la séduit.

Passionnée de littérature, elle se lie d’amitié avec le grand écrivain Vicente Blasco Ibañez dont elle sera la traductrice pour l’édition française, notamment pour Ce que sera la république espagnole en 1925 ou Voyage d’un romancier autour du Monde en 1928. Elle popularise en France l’œuvre du grand romancier, en faisant notamment publier en 1935 L’Intrus sous forme de feuilleton dans les colonnes du Populaire, le journal de la SFIO auquel elle collabore.

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Après avoir été responsable de la rubrique « Amérique hispanique » de la revue Parthénon, elle devient reporter dans le quotidien de Léon Blum. Communiste pendant un temps, elle a depuis peu rejoint les rangs de la SFIO.

En février 1931, elle interviewe Indalicio Prieto, chef du parti socialiste espagnol, qui deviendra deux mois plus tard ministre des Finances du gouvernement républicain. Dans cet article, elle a encore une pensée pour son ami Blasco Ibañez, disparu trois ans plus tôt à l’âge de 60 ans.

« Je songe à l'hôtel du Louvre où Blasco Ibanez groupait autour de lui, en 1925, tous les révolutionnaires d'alors, Unamuno, Ortega y Gasset, Santiago Alba, à Siegfried, Blasco, mis au secret pendant 72 heures contrairement à toute la législation internationale.

Hélas ! Blasco Ibanez a disparu et ne verra pas triompher les idées auxquelles il avait consacré son talent et sa vie ! […]

Et maintenant, attendons le second acte de la tragédie. »

Lorsqu’éclate la guerre civile menée par le général Franco, son amour de l’Espagne et ses convictions antifascistes la poussent à partir la couvrir du point de vue républicain. Elle est envoyée en août 1936 en Andalousie, en tant que correspondante du Populaire.

L’annonce de sa mort arrive le 5 octobre sous la forme lapidaire d’une dépêche, reprise telle quelle dans son journal.

« Nous apprenons que la citoyenne Renée Laffont, journaliste française, qui s'était rendue en Espagne pour un reportage, et qui avait été blessée et faite prisonnière par les rebelles, est morte de ses blessures il y a deux jours. »

Le lendemain, Bracke (le nom de plume d’Alexandre Desrousseaux), directeur du Populaire, lui rend un hommage vibrant en Une de son quotidien, sous le titre « Morte pour l’Espagne nouvelle ». Tout en espérant – sans doute vainement – que son statut de journaliste socialiste n’ait pas joué en sa défaveur, Brake rappelle l’érudition de Renée Lafont et son amour pour la langue espagnole.

« La pauvre Renée Laffont ! […] Elle y était partie [en Espagne] il y a un mois avec une lettre l’accréditant comme correspondante du Populaire. Bien entendu, elle se promettait de nous faire profiter de son étude sur place en nous rapportant impressions et explications. […]

Elle s’était faite, entre autres, la traductrice du célèbre romancier démocrate Blasco Ibañez. […]

À ce motif d’intérêt pour l’Espagne et l’évolution qui menait aux secousses actuelles s’ajoutait la profondeur de ses convictions, puisées d’abord dans les leçons paternelles, ensuite dans le spectacle et l’expérience de la vie.

Elle était des nôtres. »

Des circonstances précises de sa mort, on ne sait toutefois pas grand-chose.

« La dernière nouvelle qui nous est arrivée à son sujet venait d’un journaliste anglais, qui l’avait vue à Madrid et la précédait sur une route menacée où elle allait sous une escorte de miliciens. Blessée, elle était tombée aux mains des rebelles. »

Peu d’hommages posthumes en son honneur se font jour dans la presse, hormis quelques entrefilets de la part de son groupe à la SFIO parus, une nouvelle fois, dans le Populaire.

« La 5e Section socialiste a décidé de donner le nom de “Renée Laffont” au groupe “Jardin des Plantes”, auquel cette camarade appartenait avant son départ pour l’Espagne. »

La journaliste est ensuite évoquée l’année suivante, en 1937, lors du congrès du Parti socialiste à Marseille – avant de tomber dans l’oubli.

Il faudra la patience d’historiens et de militants de la mémoire républicaine espagnols pour que ses restes soient identifiés, en 2004, dans la fosse commune du cimetière La Salud à Cordoue et que l’on apprenne ce qui lui est réellement arrivé.

Arrêtée par les troupes franquistes le 29 août 1936 à Cordoue, elle est sommairement « jugée » puis fusillée le 1er septembre avant que son corps ne soit jeté dans la fosse commune.

Journaliste, femme et socialiste, elle était une cible de choix.

Pour en savoir plus :

Cathy Dos Santos, « Guerre d’Espagne, l’affaire Renée Lafont », in: L’Humanité, 2018

Cet article fait partie de l’époque : Entre-deux-guerres (1918-1939)

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