C'était à la Une ! La révolution de 1848 | Retronews - Le site de presse de la BnF
Écho de presse

C'était à la Une ! La révolution de 1848

le par
le par - modifié le 10/09/2018

L'article du jour évoque la révolution de 1848.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : le 23 février 1848, Le siècle, 24 février 1848

 

Texte lu par : Elsa Dupuy

Réalisation : Séverinne Cassar

 

«Paris, 23 février […]

Combien de fois n’avons-nous pas dit au ministère, à la majorité, que la véritable dignité, que le véritable honneur du gouvernement, c’était de comprendre les vœux, les besoins du pays, et d’y satisfaire par une prompte, par une loyale initiative, au lieu de se laisser acculer, en prolongeant une résistance obstinée, à l’alternative également fatale d’une faiblesse ou d’une folie.

La folie semblait avoir été poussée aussi loin qu’elle pouvait l’être. Le jour des réparations était-il venu ? On le croyait en sortant de la chambre, on le croyait quelques momens après dans la ville tout entière. Chacun se communiquait l’heureuse nouvelle du renvoi des ministres. Paris était illuminé, tranquille, confiant, quoique le gouvernement eût eu l’extrême imprudence de ne pas faire annoncer d’une manière positive dans son journal du soir le changement de ministère, quoique la satisfaction promise fût incomplète autant qu’incertaine. Tout à coup, vers dix heures du soir, on entend retentir sur les boulevards le cri : Aux armes ! aux armes ! Nous sommes trahis ! on égorge nos frères ! »

La foule se précipite dans tous les sens, les uns fuyant le danger, les autres courant au-devant et voulant connaître la cause de cette grande et soudaine émotion. Peu de temps après, des tombereaux remplis de cadavres passaient sur les boulevards escortés par des hommes du peuple portant des torches et criant : Vengeance ! Ces cadavres étaient ceux de citoyens, de femmes et d’enfants, qu’une décharge à bout portant venait d’étendre sur le pavé, en face du ministère des affaires étrangères.

Des témoins oculaires nous ont déclaré avoir vu, avoir compté les corps inanimés de quarante de ces malheureux, parmi lesquels se trouvait, dit-on, un officier de la garde nationale. La terre était souillée de sang, un grand nombre de blessés s’enfuyaient en poussant des cris ; un frère cherchait son frère, un père son fils : c’était un spectacle à navrer l’âme la plus insensible.

Etait-ce un malentendu, un malheur ? Etait-ce un crime ? Ce n’est que demain que les faits pourront être éclaircis, que la vérité tout entière sera connue. Mais cette nuit, à l’heure où nous écrivons, Paris est dans les angoisses de la douleur, de l’anxiété et de la colère.

Le peuple se croit trahi, il relève les barricades dans les rues et cherche partout des armes. De temps en temps nous entendons la fusillade retentir sans savoir pour quelle cause. Nul ne peut dire comment se passera la journée de demain si la plus éclatante satisfaction n’est pas donnée au peuple de Paris, si les mesures les plus promptes et les plus décisives ne sont prises pour que justice soit faite, pour que la liberté, les droits et l’honneur de la France soient confiés à des mains fermes et sûres, dignes de conserver ce précieux dépôt.

Que la garde nationale soit demain tout entière sous les armes. Qu’elle reste unie ; qu’elle se montre ferme autant qu’elle a été modérée. Qu’elle continue de veiller sur une situation pleine de périls et d’incertitudes. Grâce à son heureux accord avec la population, les malheurs vers lesquels nous a précipités le plus aveugle endurcissement pourront être prévenus ! »