Lorsque les animaux du Jardin des Plantes furent mangés par les Parisiens | Retronews - Le site de presse de la BnF
Illustration de la pénurie des viandes pendant le Siège de Paris, Le Tintamarre, circa 1900 - source : RetroNews-BnF
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Lorsque les animaux du Jardin des Plantes furent mangés par les Parisiens

le par - modifié le 29/01/2019

Pendant le Siège de Paris de la fin 1870, tandis que les pénuries alimentaires se multiplient, les animaux sauvages du Jardin d’Acclimatation et du Jardin des Plantes vont servir de mets à la frange la plus aisée de la capitale.

Le siège de Paris par les Prussiens débute le 19 septembre 1870. La France est en guerre contre la Prusse depuis le mois de juillet et Napoléon III est fait prisonnier le 2 septembre à Sedan. Le 4 septembre, la République est proclamée. Paris est ensuite rapidement encerclée.

À cette époque, les Parisiens mangent de la viande presque tous les jours de la semaine. Or, à partir du début du mois d’octobre, celle-ci – qu’elle soit de bœuf, de porc ou de mouton – devient rationnée par jour et par habitant. Le peuple de la capitale se voit alors contraint de  capturer et manger les animaux autour d’eux : chiens, chats, chevaux ou encore des rats – c’est ce que l’on appelle non sans un certain sens du tragique « les viandes de fantaisie ».

Tandis que Paris souffre de plus en plus des pénuries imposées par le siège, les animaux dits exotiques, que l’on vient régulièrement visiter au Jardin des Plantes ou du Jardin d’Acclimatation, vont également servir de mets d’appoint à la frange aisée de la population. C’est ce que l’on peut notamment lire, dans la Gazette nationale ou le Moniteur universel, du 22 décembre 1870 :

« On fait même en ce moment à Paris des festins tels que jamais, dans aucun temps et à n’importe quel prix, on n’en a pu faire.

Ainsi, l’un de nos amis nous écrit qu’il a mangé, il y a huit jours, un cuissot d’antilope flanqué de rognons de kanguroo [sic]. »

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Ces nouvelles pratiques culinaires, fruits des désolations causées par la privation, sont à de nombreuses reprises relayées dans les journaux. Les boas et autres tigres prétendument dégustés dans Paris assiégée deviennent l’objet d’un article du poète et romancier Théophile Gautier dans le Journal Officiel de la République française :

« On ne parlait dans la ville, poussée par la famine aux caprices et aux dépravations de goût, que de mets bizarres : côtelettes de tigre, jambons d’ours, bosses de bison, pieds d’éléphant à la poulette, filets de lama, entrecôte de chameau, râbles de kanguroos, civets de singe, serpents boas à la tartare, marinades de crocodiles, fricassées de phénicoptères, grues de Numidie à la chasseur, foies d’autruche truffés, chaud-froids de toucans et de kamichis, et autres cuisines zoologiques qui ne laissaient pas que de nous alarmer pour la population du Jardin des Plantes. »

Comme il l’indique cependant dans la suite de son article, certains des plats sont le fruit de rumeurs : certains animaux cités ici n’ont en effet jamais été mangés. Il semblerait par exemple que les grands fauves n’aient pas été destinés à la consommation, de même que les sing...

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