Écho de presse

Les premiers combats de la Société protectrice des animaux

le 25/10/2019 par Marina Bellot
le 19/04/2018 par Marina Bellot - modifié le 25/10/2019
Affiche promotionnelle pour la Société protectrice des animaux (SPA), circa 1870 - source : Gallica-BnF

Fondée en 1845, la Société protectrice des animaux a mené d'importants combats dans une France où les sévices sur les animaux étaient courants. Elle s'est d'abord heurtée à de vives oppositions. 

En 1846, la presse annonce par un entrefilet la création d’une association qui ne cessera dès lors de faire parler d’elle, la SPA : 

« Il vient de se former à Paris, comme en Bavière et en Angleterre, une société protectrice des animaux.

Cette société a pour but l'étude des moyens à employer pour réprimer les mauvais traitements exercés sur les animaux, et pour assurer constamment leur bien-être. Cette association est autorisée par le gouvernement. »

Bœufs et ânes battus, chiens et chats brutalisés, combats de coqs et courses de taureaux... Dans la France du XIXe siècle qui voit naître la SPA, les sévices sur les animaux ne sont pas rares. 

Son premier combat porte sur la protection des chevaux que les cochers parisiens ne se privent pas de maltraiter. 

Dans le sillage de sa création, la première loi pénale de protection animale est adoptée en 1850. La presse applaudit. 

Mais l’association, reconnue d'utilité publique en 1860, ne s’attire pas que des louanges, loin s’en faut.

Ses combats vont bien souvent à l’encontre des mœurs de l’époque, et se heurtent parfois à des considérations économiques – les combats de coqs, par exemple, sont une manne d’argent non négligeable pour les habitants du nord de la France.

Rapidement, les premières voix s’élèvent pour dénoncer l'ingérence jugée illégitime de l’association dans les us et coutumes des Français. 

En 1889, Le Petit Journal se livre ainsi à une violente charge contre la SPA :  

« Oui, la Société a du bon [...]. Pourquoi faut-il, hélas, qu'elle gâte ses brillantes qualités par un irrésistible besoin de se mêler de ce qui ne la regarde pas ! Par exemple, de la question du Bœuf gras. [...]

Ce bœuf, votre protégé, doit finir à l'abattoir, c'est entendu, puisque vous ne sauriez renoncer à ses entrecôtes, voulez-vous me dire si cette promenade en voiture sur une épaisse litière avec une abondante pâture rend son sort beaucoup plus misérable 

D'autre part, voyez toute une population qui s'amuse et perd ainsi, quelques heures durant, le souci de sa misère. [...]

Voulez-vous compter avec moi, c'est encore plus important, tout l'argent que fait tomber dans la poche des pauvres gens le cortège du Bœuf gras ? »

Et d’ironiser avec férocité sur la prétendue hypocrisie des membres de la SPA : 

« M. de la Société reçoit une sorte de brevet qui lui permet de requérir sur la voie publique le concours des agents de la force ; il les oblige à dresser procès-verbal contre ceux qui maltraitent les animaux [...].

Mais voici que tout à coup il regarde sa montre avec effarement, cette aventure lui a pris du temps, il lui reste dix minutes pour prendre son train. Cocher, gare Saint-Lazare, au galop, vous aurez un bon pourboire. Et le cocher tape, tape son pauvre cheval. [...]

M. de la Société arrive à temps ; il se précipite au hasard dans un compartiment et se plaint qu'on y tolère un chien, lequel ternit du contact de ses pattes les bottes au vernis immaculé de M. de la Société. 

Il est chez lui, il embrasse sa femme et attend que la bonne soit dans la salle à manger pour raconter l'incident de la journée. Cela fait toujours un auditeur de plus. Cependant on apporte le homard à l'américaine, il en raffole. Surtout, s'écrie-t-il, vous l'avez coupé vivant pour le mettre à la casserole ; il n'est mangeable que comme cela. »

Pourtant, comme le constate quelques années plus tard un journaliste des Annales politiques et littéraires, « c'est en vain que la verve mordante des ironistes s'y acharne : l'institution ne cesse de croître, la Société protectrice des animaux est plus florissante que jamais ».

« Elle se targue d'une autorité quasi officielle, elle compte des milliers d'adhérents, elle possède un budget respectable ; elle est active, entreprenante ; elle ne craint pas la lutte, rompt d'innombrables lances contre ses adversaires et sème à profusion les lauriers sous les pas de ses amis. »

Comment expliquer cette montée en puissance de l'association en ce début de XXe siècle ? Le journaliste ébauche une tentative de réponse :

« L'amour des bêtes est à la mode. 

La mansuétude et la pitié que les gens raisonnables ont, de tout temps, témoignées aux animaux, tendent à se transformer, de nos jours, en une sorte de passion non dénuée de ridicule.

Bien des gens professent ouvertement, pour des chevaux, des chiens, des chats, des singes, etc., une sympathie qui se pourrait, sans doute appliquer, mieux à notre pauvre humanité. »

Chasses à courre, courses de taureaux... La SPA poursuit sans relâche ses combats, se heurtant à de vives oppositions et récoltant de sévères critiques.

En 1909, le journal conservateur Gil Blas lui consacre un long papier virulent, titré « Une société néfaste ». Le chroniqueur y appelle purement et simplement à la dissolution de l’association, qualifiée de « danger public » : 

« La plupart de ses tentatives témoignent d'une rare ingéniosité dans la malfaisance et d'un esprit de destruction tout à fait remarquable. [...]

Elle a pour but de ruiner certains élevages, et de s'opposer à la prospérité de plusieurs contrées françaises.

Elle n'y réussit pas toujours ; mais enfin elle tente au moins les plus loyaux et patients efforts dans ce sens. »

Concernant son combat pour faire cesser les courses de taureaux dans le Midi : 

« Ah ! pour le coup, l'affaire était d'importance : empêcher de se divertir, toute une partie de l'année, plusieurs centaines de mille hommes ; empêcher des flots d'or, un véritable pactole, de couler vers Bayonne, Biarritz, Arles, Nîmes, et combien d'autres villes, à la bonne heure !

Toute la Provence et toute la Gascogne, néanmoins, se révoltèrent. Et il fallut encore laisser ici les gens s'amuser comme ils l'entendaient, et s'enrichir, puisqu'ils le pouvaient. »

Sur la chasse à courre : 

« Ignore-t-on que dans les forêts où on ne les chasse pas, il faut exterminer les cerfs au fusil, et que chaque année même on doit, dans l'intérêt même du bois, faire des battues pour détruire les biches ? Il n'y a de pire fléau pour les arbres que ces animaux-là. [...]

Que la Société protectrice des animaux cherche à mettre des entraves au commerce, il fallait s'y attendre. Mais qu'elle entre en guerre contre nos belles forêts, c'est trop. Un tel groupement devient un danger public. Il serait patriotique de le dissoudre. »

 

 

En dépit des critiques, la SPA continuera de mener son long et salutaire combat pour le bien-être animal. Elle compte aujourd'hui environ 150 000 donateurs et 23 000 adhérents.