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Les fusillés de Montluc, jeunes martyrs du nazisme

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le par - modifié le 15/02/2019
Tombe de résistants détenus à Montluc et fusillés au mois de juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans - source : Musée de la Résistance
Tombe de résistants détenus à Montluc et fusillés au mois de juin 1944 à Saint-Didier-de-Formans - source : Musée de la Résistance

Le 13 juin 1944, dans les environs de Lyon, dix-huit résistants détenus à la prison Montluc sont fusillés par l’armée allemande. Parmi les résistants se trouvent de nombreux jeunes qui se sont rebellés face à l’Occupation et à la politique autoritaire de Vichy.

Construite en 1921 à Lyon, la prison Montluc devient, sous le gouvernement de Vichy, le lieu d’incarcération d’un grand nombre d’ennemis de la politique collaborationniste du maréchal Pétain. Dès l’été 1940, se succèdent dans ses geôles des militants communistes et anarchistes, des francs-maçons – jugés « suspects » par les normes alors en vigueurs – ainsi que les premiers résistants arrêtés dans la région.

En 1943, la prison est réquisitionnée par l’occupant allemand et passe sous le contrôle de la Gestapo lyonnaise et de son chef de sinistre mémoire, Klaus Barbie. Elle abrite dès lors également des Juifs, des otages et des réfractaires au STO. Dans des conditions de détention qui deviennent de plus en plus inhumaines, les prisonniers attendent de connaître leur sort : l’exécution ou la déportation vers les camps.

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Au début de l’année 1944, cette prison composée de 22 cellules et d’une capacité de 127 détenus en accueille déjà près de 1 300. Montluc est devenu un réservoir d’otages, dans laquelle on entasse jusqu’à huit détenus par cellule de 4m². Les conditions d’hygiène sont déplorables, les repas se font de plus en plus rares et les exécutions sommaires de détenus se généralisent.

Après le débarquement allié de Normandie, le 6 juin 1944, les Allemands entament un processus de représailles et avec lui, de liquidation massive des prisonniers.

Le 11 juin, se sentant de plus en plus menacés par l’avancée des Alliés, les soldats de la Wehrmacht investissent le village de Villeneuve, situé au nord de Lyon, à la recherche des maquisards de la région qui multiplient les attentats à leur encontre. Parmi ces maquisards on compte beaucoup de jeunes Français, réfractaires au STO et à la politique du maréchal Pétain, qui refusent de se plier aux règles de l’occupant.

Le journal communiste L’Éclaireur de l’Ain relate cinq mois plus tard l’un de ces sombres épisodes de la prison Montluc, survenu quelques jours après l’annonce du débarquement.

« Le dimanche 11 juin, vers 11 heures, alors que les nombreux fidèles de notre charmant village étaient à l’office, un camion allemand se présenta : motos, conduites intérieures, camions, occupèrent les principales artères. Tout était prévu et organisé. Un side-car s’arrêta devant la demeure du Maire ; ce vieillard y fut brutalement chargé. Les mitraillettes crépitaient à chaque coin de rue.

“MAQUIS, où est MAQUIS ?”

Les vandales pénétrèrent à l’intérieur de l’édifice sacré ; tout fut visité ; un commencement de panique bien légitime suivit et beaucoup de jeunes, ce jour-là, se dispersèrent dans les blés. N’ayant pas trouvé nos Maquisards, les Boches continuèrent leur route sur St-Trivier, emmenant le magistrat admirablement calme. [...]

Mais les envahisseurs ne voulaient pas en rester là. Effrayer une population vaillante et laborieuse n’était pas suffisant, il fallait la terroriser, il fallait qu’elle se souvienne de la civilisation germanique.

Ils revinrent deux jours après, à la même heure. »

En effet, les soldats allemands reparaissent le 13 juin et traversent le village de Villeneuve à la tête d’un convoi transportant 19 détenus de la prison Montluc. Cette fois-ci, ils s’apprêtent à les envoyer à la mort :

« Dans ce dernier camion : 19 civils de toutes les classes de la société se tenaient entassés, debout, assis, affalés et, autour d’eux, 12 brutes vêtues de l’uniforme allemand, armés jusqu’aux dents, surveillaient.

Pas un mot, pas un bruit.

Le regard vague, comme perdu dans un rêve bien cher, ces innocents qui avaient maintenant la certitude de leur fin toute proche, évoquaient d’autres bambins dans un coin de France, d’autres petits qui étaient les leurs et qu’ils ne reverraient jamais ; d’autres maisons où des êtres chéris les attendaient. »

Le convoi s’arrête ensuite aux abords d’un petit bois de peupliers, au lieu-dit Fossard, et fait descendre le chargement de résistants. Les soldats vont  désormais procéder à l’exécution des prisonniers :

« Face au petit bois où se dresse, aujourd’hui, le monument érigé en leur mémoire, le convoi s’arrêta. “Descendez et allez…”

Le premier groupe de six exécuta les ordres. Par derrière, les balles les couchèrent devant leurs camarades horrifiés et qui attendirent leur tour… La deuxième, puis la troisième vague suivirent… Les coups de grâce… Le silence général de la mort.

Un homme se releva, blessé. De bonnes familles rurales le recueillirent… Et ce soir-là, un de ces beaux soirs d’été où l’odeur des foins fraîchement coupés s’étend câlinement sur la campagne, j’ai vu les corps, les pauvres corps étendus au pied de ces arbres dans le calme infini. »

En effet, seul le jeune étudiant Jacques Toinet réussit à échapper au massacre du groupe de résistants. En guise d’hommage, L’Éclaireur de l’Ain publie un poème dédié à ces dix-huit victimes mortes pour la patrie :

« Aux Fusillés de Montluc, à Villeneuve

Tous, ils s’étaient donnés pour que vive la France,
Ils avaient travaillé dans l’ombre et dans l’espoir,
Ils furent les martyrs de la Résistance,
Et nous les entourons d’auréoles de gloire. [...]

Ô Morts, ô nos grands Morts, dressez-vous sous ces arbres,
Faites jaillir ici ou la honte ou le calme,
Vos noms seront gravés sur des socles de marbres,
Ceux des lâches jamais n’auront besoin de palme.

Ils avaient en leur cœur ce que certains n’ont pas :
L’amour de la Patrie et de la Liberté ;
Ils ont posé les pieds où vous mettez vos pas,
Amis et inconnus, allez et méditez… »

Les semaines suivantes, les exécutions des détenus de la prison Montluc se poursuivront dans la région lyonnaise. À Bron, les 17, 18 et 21 août, et à Saint-Genis-Laval le 20 août, au moins 229 prisonniers seront tués. Trois jours plus tard, le 24 août 1944, la prison était libérée.

Au total, près de 10 000 personnes auront transité par ce centre d’incarcération entre février 1943 et août 1944, parmi lesquels Jean Moulin et ses camarades.

Aujourd’hui, le Mémorial national de la prison Montluc a été érigé en hommage aux Juifs, résistants et otages, victimes des nazis et de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale.

L’exposition « Génération 40 » est présentée au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon jusqu’au 26 mai 2019.

Pour en savoir plus :

Programme pédagogique du Mémorial de Montluc 

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