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C'était à la Une ! Un portrait hargneux de la féministe Madeleine Pelletier

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le par - modifié le 10/09/2018

Dans l'article du jour, Carl dresse un portrait à charge de la féministe Madeleine Pelletier.

En partenariat avec "La Fabrique de l'Histoire" sur France Culture

Cette semaine : Lettre de Paris, les idées d'une féministe, Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 3 novembre 1908

Texte lu par : Elsa Dupuy 

Réalisation : Séverine Cassar

« Lettre de Paris

Les idées d’une féministe

Paris 2 novembre

Mlle Madeleine Pelletier peut être considérée comme le type le plus acharné de la féministe intégrale. […]

Elle dépasse en extravagance nos pires Lysistrates modernes et les suffragettes anglaises elles-mêmes semblent, auprès d’elle, possédées par l’esprit le plus rétrograde, le plus réactionnaire. […]

Elle est docteur en médecine et je crois même qu’elle est attachée au service d’un hôpital. Ses clients, ses malades, les journaux l’appellent « docteur » et cette appellation masculine doit être singulièrement pénible pour son féminisme jaloux, susceptible et singulièrement prompt à s’émouvoir. […]

On ne sait que top que les féministes […] des deux sexes, non contents de vouloir que le Code civil soit réformé de manière à placer le mari et la femme sur le pied de l’égalité légale la plus complète, réclament la suppression pure et simple du mariage et son remplacement par l’union libre. […]

L’aversion des féministes pour le mariage, leur prédilection pour l’union libre, qui aboutit à l’abolition de la morale et à la disparition de la famille, expliquent, sans qu’il soit besoin d’insister autrement, l’horreur que leur inspire la religion. Le féminisme et l’anticléricalisme vont de pair. En outre, comme le socialisme qui ne rêve qu’à désorganiser la société, a naturellement inscrit dans son programme l’union libre, dont la reconnaissance légale détruirait la famille, une des bases essentielles de l’ordre, et mettrait l’enfant aux mains de l’Etat, « réforme » revendiquée par le collectivisme, les féministes sont socialistes.

Mlle Madeleine Pelletier est fort désintéressée en cette matière des rapports légaux ou extra-légaux entre les deux sexes, car l’homme lui inspire une telle horreur que nous devons croire qu’elle n’a pas plus de sympathie pour l’union libre que pour le mariage. […] si elle est femme, elle enrage de l’être et fait tout son possible pour qu’on oublie qu’elle l’est. Elle n’en est pas encore arrivée à s’habiller en homme, mais elle s’est, dans son costume, dans sa coiffure – elle porte les cheveux courts et coupés en brosse – masculinisée autant qu’elle l’a pu. Et je vous jure que cela ne l’embellit pas. C’est à croire qu’elle ne s’est jamais regardée dans une glace.

Naturellement, elle réclame pour les femmes tous les droits que les hommes ont réservé pour eux-mêmes, à commencer, bien entendu, par les droits politiques. Elle veut que les femmes votent ; elle veut que les femmes puissent être élues – faut-il dire : conseillères, députées, sénatoresse ? Et lorsque Mlle La Loë, journaliste, se présenta aux dernières élections municipales dans le neuvième arrondissement, elle tint à prêter l’appui de sa parole à la candidate. Je dois avouer que Mlle La Loë qui est gentillette et puis (sic !) ne voulait que rire et se faire un peu de réclame, obtint beaucoup plus de succès que Mlle Madeleine Pelletier qui prenait cette initiative au sérieux et dont l’aspect un peu trop « hommasse » n’était pas pour séduire des électeurs désirant s’amuser en se prêtant à cette bonne farce d’une candidature féminine.

Notre terrible virago vient d’illustrer son nom d’un nouveau titre de gloire et de gagner de plusieurs longueur[s] la course à l’extravagance qui se dispute sur le terrain du féminisme, en demandant que les femmes fassent leur service militaire.

Elle ne peut tolérer que les hommes se targuent, pour dominer les femmes, de la supériorité qu’ils tirent de l’obligation qu’ils ont seuls de servir la patrie. Le docteur Madeleine Pelletier n’admet pas cette inégalité. Elle demande, elle veut, elle exige que la femme fasse son service militaire. Et la revendication est d’autant plus inattendue que cette fougueuse féministe professe un antimilitariste des plus déterminé.

Elle ne veut plus de guerre, mais elle veut que la femme soit soldat. […] Les dortoirs seraient-ils communs ? Y aurait-il dans chaque hôpital militaire une maternité ? Que de questions se soulèvent auxquelles il serait délicat de hasarder une réponse. »

 

 

Cet article fait partie de l’époque : Rép. radicale (1898-1914)

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