Une « Conspiration pour l’Égalité » sous la Restauration | Retronews - Le site de presse de la BnF
Réunion de citoyens pendant la Révolution des Trois Glorieuses, 31 juillet 1830, estampe - source : Gallica-BnF
Long Format

Une « Conspiration pour l’Égalité » sous la Restauration

le par - modifié le 16/11/2018

Tandis qu’en France la monarchie de Charles X se durcit, en 1828 paraît à Bruxelles « La Conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf » rédigée par un vétéran de la Révolution, Philippo Buonarroti. L’ouvrage, dense et  farouchement républicain, ne passe pas inaperçu.

« Un moment avant notre condamnation, Babeuf et Darthé reçurent de moi, sur les bancs de la haute cour de Vendôme, devant la hache aristocratique qui allait les frapper, la promesse de venger leur mémoire, en publiant un récit exact de nos intentions communes, que l'esprit de parti avait si étrangement défigurées.

Près du terme de la vie, il est temps que je m'acquitte de cette obligation, que plusieurs circonstances m'ont empêché de remplir plus tôt. »

Ainsi commence le récit de Buonarroti. L’objectif est clair : rétablir la vérité à propos de ses compagnons de lutte, dont on défigure la mémoire. Babeuf fut en 1796-1797 à la tête d’une conjuration qui voulait renverser le régime du Directoire, trop bourgeois à son goût. Le mot « communiste » n’apparaît pas dans ses projets, mais c’est pourtant bien une sorte de propriété collective qu’il voulait instaurer.

Babeuf, dira plus tard Karl Marx au milieu des années 1840, fut l’animateur du « premier parti communiste agissant ». Autrement dit un des plus fervents apôtres d’un égalitarisme voué à un long avenir.

Dans ce contexte, nul hasard à voir Buonarroti considéré comme un dangereux subversif par l’ordre monarchique. Le 24 avril 1830, le très officiel et gouvernemental Moniteur universel, rendant compte d’un procès à l’encontre de plusieurs opposants, accable l’un de ces derniers en soulignant sa proximité avec l’auteur de la Conspiration :

« Il se jeta dès-lors dans l’opposition et se lia avec l’auteur de la Conspiration de Babeuf (Buonarroti), livre qu’il contribua beaucoup à faire publier.

Cette circonstance est trop importante pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant ; l’auteur du livre était ami de Babeuf, et l’on sait que ce dernier fut condamné pour une conspiration dans laquelle il ne s’agissait de rien moins que du renversement des principes sur lesquels reposent tous les gouvernements.

Babeuf et ses complices voulaient mettre à la place un système d’égalité parfaite, une communauté de bien universelle. Pour atteindre ce but, des flots de sang devaient couler ; la mort était réservée à un grand nombre d’autres magistrats de la république française. »

Le motif d’accusation est clair : Buonarroti fut un proche du (supposé !) sanguinaire Babeuf.

En effet, sans partager toutes ses perspectives égalitaristes, Buonarroti a joué un rôle important dans cette conjuration. Né en 1761, Italien naturalisé Français venant d’une prestigieuse famille, il est un des descendants du célèbre peintre Michel-Ange. Se considérant comme un disciple de Jean-Jacques Rousseau, il fut, avant la conjuration de 1797, un fervent partisan et admirateur de Maximilien Robespierre.

Sous la Convention, Buonarroti fut commissaire chargé de police et de sûre...

Cet article est réservé aux abonnés.
Accédez à l'intégralité de l'offre éditoriale et aux outils de recherche avancée


Sur le même sujet