Au XIXe siècle, une première « sociologie » de la prostitution | Retronews - Le site de presse de la BnF
« La Fête de la patronne », monotype à l'encre d'Edgar Degas, 1878-79 - source : Musée Picasso-WikiCommons
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Au XIXe siècle, une première « sociologie » de la prostitution

le par - modifié le 21/01/2019

Via son « enquête sanitaire » parue en 1836, Parent-Duchâtelet, médecin hygiéniste, a influé durablement sur les méthodes d’encadrement juridiques et moraux entourant les pratiques prostitutionnelles en France – jusqu'à son abolition.

La loi Marthe Richard du 13 avril 1946 a mis fin au réglementarisme français, qui reposait sur le fichage systématique des prostituées et sur une géographie précise des lieux où la prostitution était autorisée.

L’abolitionnisme ayant obtenu l’abolition de la réglementation de la prostitution, il s’est ensuite tourné vers l’abolition de l’activité prostitutionnelle elle-même – d’où la ratification par la France en 1960 de la Convention du 2 décembre 1949, dont le Préambule énonce que « la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine et mettent en danger le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté ».

Cette position abolitionniste a conduit à la suppression des fichiers sanitaires et sociaux stigmatisant les prostituées, ainsi qu’à l’interdiction de la réglementation de la prostitution. Depuis le 13 avril 2016, le recours à la prostitution d’autrui est incriminé, mais la loi fait encore débat : certains en dénoncent le côté prohibitionniste, d’autres y voient au contraire un moyen de lutter contre l’activité prostitutionnelle et les réseaux de proxénétisme qui lui sont liés.

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Le régime juridique de la prostitution en France est donc loin d’être une évidence, et pour mieux en comprendre les enjeux il serait nécessaire de revenir sur son histoire complexe et tumultueuse.

Au cœur de cette histoire se trouve la publication posthume de l’étude de Parent-Duchâtelet en 1836 : De la prostitution dans la ville de Paris, considérée sous le rapport de l’hygiène publique, de la morale et de l’administration. Il s’agit non seulement d’un des premiers ouvrages de sociologie empirique, mais surtout de la première théorisation du « réglementarisme », ce système qui vise à encadrer et à réguler les pratiques prostitutionnelles. C’est aussi un livre précurseur des études médicales qui ont répandu à la fin du XIXe siècle l’inquiétude obsessionnelle vis-à-vis des maladies vénériennes et de la syphilis.

Parent-Duchâtelet, l’homme des miasmes

Alexandre Jean-Baptiste Parent-Duchâtelet naît à Paris le 29 septembre 1790, dans une famille de la noblesse de robe qui compte plusieurs générations de membres de la Chambre des Comptes. Son enfance est marquée par l’ordre et l’étude :

« Sérieux, méditatif, dédaignant les jeux de son âge, Parent montrait déjà ce qu’il serait un jour.

À seize ans, son père l’envoya à Paris ; il y termina ses études, et, suivant le désir de ses parents et ses goûts particuliers, il se fit recevoir médecin. »

Il s’inscrit à dix-neuf ans à la faculté de médecine de Paris, en 1809, à une époque où les études viennent d’être réformées et se font désormais en grande partie dans les hôpitaux. Parent-Duchâtelet y découvre la médecine clinique et l’anatomie pathologique qui influenceront beaucoup ses enquêtes ultérieures.

Docteur en médecine en 1814, il rencontre le docteur Jean-Noël Hallé, un fervent défenseur de la vaccination et de l’enseignement de l’hygiène. Il s’agit de concevoir des règles de préservation de l’hygiène et de prévention de la santé publique en utilisant les apports des sciences comme la démographie ou l’épidémiologie. La pensée hygiéniste insiste par exemple sur l’importance de relier les habitations à l’égout, de rendre obligatoire l’usage des poubelles, de traiter les eaux usées, ou encore d’ouvrir les anciennes fortifications des centres urbains intramuros afin de laisser l’air circuler.

Parent-Duchâtelet se passionne pour l’hygiénisme et décide de se consacrer au problème de l’insalubrité publique en 1820. Il devient ainsi un véritable enquêteur de terrain et se fait connaître pour ses escapades dans les égouts parisiens, qu’il arpente minutieusement avant de publier son Es...

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Cet article fait partie de l’époque : Monarchie de Juillet (1830-1848)